Rétrospective : Économie tunisienne en 2025, résilience face aux défis
En 2025, la Tunisie a réalisé un excédent budgétaire de plus de 655 millions de dinars et a honoré sa dette pour l’exercice 2025. Le 17 juillet 2025, la Tunisie et l’Union européenne devaient célébrer le 30e anniversaire de l’accord de libre-échange, signé en 1995 et entré en vigueur progressivement 3 années plus tard.
En 2025, la Tunisie a démontré sa capacité à faire face aux turbulences économiques et internationales. Une croissance maîtrisée, une inflation en baisse, un excédent budgétaire et des réserves en devises solides brossent un tableau positif, tandis que les secteurs agricole, du commerce extérieur et les transferts de sa diaspora contribuent à cette dynamique.
Cependant, la persistance du chômage, les tensions fiscales et les incertitudes géopolitiques soulignent que le chemin vers la stabilité et la souveraineté économique est parsemé d’obstacles.
La Presse — Grâce à une récolte agricole relativement satisfaisante, à une saison touristique retrouvant des niveaux d’avant la crise du Covid et à des transferts en devises de la diaspora en hausse continue, la Tunisie a honoré sa dette pour l’exercice 2025 et a réalisé un excédent budgétaire de plus de 655 millions de dinars, témoignant d’une certaine résilience, malgré certains défis structurels et les incertitudes du contexte international.
Malgré tout, la prudence reste de mise. Avec un taux de croissance de 2,4 %, une inflation réduite à moins de 5 % (tendance à la baisse confirmée) et des réserves en devises pour 108 jours d’importation — bien qu’un déficit courant se soit creusé à 20 milliards de dinars contre 16 milliards l’année précédente —, la prudence prévaut. Cela se reflète dans le taux directeur de la BCT, révisé une unique fois à la baisse en mars 2025, de 8 % à 7,5 %.
Néanmoins, une embellie est à noter, avec la révision à la hausse de la notation souveraine de la Tunisie par les agences Fitch et Moody’s, respectivement à « B- » et « CAA1 » avec des perspectives stables, ce qui pourrait permettre à la Tunisie de se réintroduire sur les marchés de capitaux avec des arguments plus favorables.
Sur le plan social, le taux de chômage reste élevé (plus de 15 %), et des pressions fiscales et inflationnistes continuent d’affecter le marché. Face à cela, l’Exécutif a mis en place diverses mesures lors des débats budgétaires pour instaurer une meilleure équité fiscale et sociale, visant à réduire les écarts entre les plus riches et les plus pauvres. Une loi spécifique a été adoptée pour intégrer les demandeurs d’emploi dont la situation est précaire.
À l’international, l’augmentation des tarifs douaniers imposée par les États-Unis à presque toutes les économies, notamment l’Union européenne et la Chine, constitue un coup dur. Dans ce contexte tendu, la Tunisie a subi une taxation supplémentaire de 25 % sur ses exportations dès avril. Cependant, étant donné que les échanges commerciaux entre la Tunisie et les États-Unis ne représentent que 2,4 % du commerce extérieur tunisien, l’impact de ces mesures reste limité.
Toutefois, cette augmentation, dont l’impact complet n’est pas encore connu, a affecté des secteurs clés sur lesquels la Tunisie compte pour améliorer ses exportations et diversifier ses marchés, notamment l’huile d’olive. Indirectement, les nouvelles taxes douanières sur le marché européen, fixées à 10 %, devraient ralentir plusieurs secteurs, y compris l’industrie automobile, qui représente l’un des fleurons de l’industrie européenne. Ce secteur, déjà affaibli par la concurrence chinoise, est directement concerné, la Tunisie fournissant des composants automobiles à plusieurs marques.
Pour le marché européen, qui représente plus de 70 % des échanges tunisiens, les taxes américaines ne sont qu’une partie des inquiétudes. L’incertitude géostratégique liée à la guerre en Ukraine reste le problème majeur, les économies européennes investissant déjà jusqu’à 5 % de leur PIB dans l’armement, empiétant sur l’importation de nombreux produits de consommation.
De manière générale, les taxes américaines ont engendré une vague de protectionnisme à l’échelle mondiale, portant un coup dur à la mondialisation ; aujourd’hui, tout est remis en question et soumis à révisions.
Indépendamment des incertitudes économiques en Europe, la Tunisie avait déjà envisagé de diversifier ses partenariats pour échapper à la sous-traitance, dont les limites sont désormais reconnues. Le 17 juillet 2025, la Tunisie et l’Union européenne devaient commémorer le 30e anniversaire de l’accord de libre-échange signé en 1995, entré en vigueur progressivement trois ans plus tard. Néanmoins, aucun événement significatif n’a été organisé à cette occasion, seulement des déclarations nuancées, certains estimant que l’accord était bénéfique, tandis que d’autres soulignaient un déséquilibre flagrant en faveur du marché européen.
Des voix se sont alors élevées pour évaluer et réviser cet accord à la lumière du nouveau contexte. Le conseil d’association tuniso-européen prévu pour fin octobre a été reporté sine die en raison des révisions et évaluations nécessaires. Bien que la Tunisie ne puisse se passer de son partenariat européen, elle doit en tirer un meilleur profit, notamment pour renforcer la dimension sociale, qui est désormais un pilier de sa politique économique. De son côté, l’Union européenne ne peut ignorer les difficultés auxquelles l’économie tunisienne est confrontée, notamment en ce qui concerne le défi migratoire.
Cette question devrait rester d’actualité dans un avenir proche. Un projet de loi organique à ce sujet a déjà été validé en conseil des ministres le 25 décembre et devrait être débattu par le Parlement.

