Belgique

Moscou confirme que des drones ukrainiens ont visé le palais de Poutine.

L’armée russe a réitéré mercredi ses accusations affirmant que l’Ukraine avait attaqué avec des drones une résidence du président Vladimir Poutine. Selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre, « les habitants de Valdaï et des environs n’ont ni entendu ni vu de drones en opération, ni d’activation de la défense aérienne ».


L’armée russe a renouvelé mercredi ses accusations selon lesquelles l’Ukraine aurait attaqué avec des drones une résidence du président Vladimir Poutine. Le ministère de la Défense russe a diffusé ce 31 décembre une vidéo montrant un appareil qui aurait été abattu lors de cette attaque. Dans un communiqué publié le même jour sur Telegram, le ministère de la Défense indiquait qu’il s’agissait de « 91 drones d’attaque ».

Kiev continue de qualifier ces accusations de mensongères et souligne l’absence de preuve. Selon les Ukrainiens, Moscou cherche à justifier un blocage des négociations en cours pour résoudre le conflit en Ukraine.

« On est quand même dans un monde où tout le monde voit tout. S’il s’agit d’une invention, c’est extrêmement grossier. » a affirmé Nina Bachkatov, spécialiste de la Russie.

Cette position est partagée par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, qui a accusé mercredi la Russie de tenter de « déranger » les efforts de paix avec l’Ukraine. Même Donald Trump, traditionnellement en faveur de la Russie, a déclaré que « cela pourrait être faux ».

Pour Nina Bachkatov, docteur en sciences politiques à l’ULiège, « cette histoire de résidence est quand même très étrange […] On est quand même dans un monde où tout le monde voit tout. S’il s’agit d’une invention, c’est extrêmement grossier. C’est surtout extrêmement maladroit parce que ça apparaît comme une mesure de pression sur Donald Trump ».

Le ministère russe de la Défense a publié une vidéo le 31 décembre.

Concernant la résidence de Vladimir Poutine à Valdaï, savoir où se trouve le président serait l’un des plus grands secrets en Russie. Il possède plusieurs résidences, dont celle de Valdaï, située entre Moscou et Saint-Pétersbourg, au bord d’un lac dans une réserve naturelle.

L’armée russe qualifie l’attaque présumée de 91 drones ukrainiens sur la résidence du président de « soigneusement préparée ». En plus de la vidéo montrant un drone ukrainien abattu, elle a diffusé une carte indiquant la trajectoire des engins et les témoignages d’un homme présenté comme un habitant d’un village proche de cette résidence.

Cependant, ces éléments ne permettent pas de confirmer les faits avec certitude. Ni le lieu ni la date de la vidéo n’ont pu être vérifiés, selon des informations de l’agence Reuters. L’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), qui documente le conflit entre la Russie et l’Ukraine, a également exprimé des doutes quant à la véracité de ces éléments.

« Les habitants de Valdaï et des environs n’ont ni entendu ni vu de drones », a indiqué l’Institut américain pour l’étude de la guerre. Mardi, il a précisé n’avoir reçu aucune image amateur ou rapport d’attaques, qui sont habituellement publiés après des frappes ukrainiennes en profondeur en Russie.

« Des sources de l’opposition russe ont rapporté que les habitants n’ont ni entendu ni vu de drones en opération, ni d’activation de la défense aérienne ; deux choses qu’ils disent entendre habituellement », a-t-il ajouté.

Le Monde rapporte qu’une source proche du président français Emmanuel Macron aurait déclaré qu’il n’y avait « aucune preuve solide » pour corroborer les affirmations russes sur cette frappe.

Les accusations russes pourraient-elles, comme le soutiennent Ukrainiens et Européens, nuire aux efforts de paix ? Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré hier que l’assaut risquait de causer des « représailles ».

Moscou ne cherche pas à « se retirer du processus de négociations [sur un plan de paix] avec les États-Unis », mais selon Lavrov, « la position de la Russie sera révisée ». Pour Nina Bachkatov, il est évident que la Russie joue la montre. « Vladimir Poutine joue sur l’usure parce qu’il a l’impression que la Russie peut tenir plus longtemps que les Ukrainiens ».

Bien que Donald Trump ait récemment déclaré que l’on n’avait jamais été aussi proche d’un accord, il reste des points de blocage majeurs. « On parle toujours de 90 ou 95 % des conditions sur lesquelles on pourrait s’entendre. Mais comme toujours dans ce type de discussions, ce sont précisément les quelques pourcentages restants qui causent des blocages depuis le début ».

« Il n’y a toujours pas de grande avancée, notamment sur les mesures de sécurité et la discussion sur les territoires conquis par la Russie », rappelle Bachkatov.

Dans cette stratégie de pression, Vladimir Poutine doit maintenir le soutien du peuple russe. Évoquer une attaque ukrainienne contre sa résidence peut s’avérer utile, même si Poutine n’a pas nécessairement besoin d’un nouveau récit. « Pour lui, c’est l’OTAN qui attaque la Russie et la Russie se défend », explique Nina Bachkatov.

« Il n’a pas forcément besoin de mettre en scène une attaque, même si cela facilite son travail pour rassembler les Russes autour de lui ». En exprimant que son pays est attaqué, Poutine justifie sa position de défense. « C’est quelque chose qui passe beaucoup mieux dans la psyché russe que l’idée qu’on envahit le voisin », conclut Bachkatov.

Elle juge que la seule manière de débloquer la situation serait de faire intervenir un partenaire extérieur. « Il faudrait que ce ne soit ni l’Union européenne, ni Washington, ni Moscou, ni Kiev. Pourquoi pas un acteur du Moyen-Orient ? », s’interroge la chercheuse.