Iran : Point sur les manifestations des étudiants et commerçants
Le mouvement de protestation contre la vie chère en Iran s’est intensifié quatre jours après son début, touchant des étudiants et des commerçants dans plusieurs villes, dont Téhéran. La mobilisation a conduit à la fermeture d’écoles, de banques et d’établissements publics à Téhéran et dans la quasi-totalité du pays, sur décision des autorités, en raison du froid.
Une mobilisation qui prend de l’ampleur. Le mouvement de protestation contre la vie chère et la détérioration de la situation économique s’étend en Iran, quatre jours après le début de ce mouvement spontané. Bien que le président ait affirmé être attentif aux « revendications légitimes » des manifestants, le pouvoir judiciaire a annoncé qu’il fera preuve de « fermeté » si la mobilisation est utilisée à des fins de « déstabilisation ». Origine, manifestants, situation actuelle… Voici un point sur ce mouvement qui impacte le pays.
Tout a commencé dimanche dans le plus grand marché pour téléphones portables de Téhéran, avant de s’intensifier. Les fermetures de commerces, cependant, sont restées limitées en nombre et concentrées au centre de la ville, qui abrite de nombreux magasins. La mobilisation s’est poursuivie lundi dans la capitale, où des commerçants avaient fermé leurs boutiques pour dénoncer la crise économique. Bien qu’une partie des commerces ait rouvert mardi, des forces de l’ordre et la police antiémeute ont été déployées aux principaux carrefours de Téhéran et aux abords de certaines universités.
Les étudiants se sont joints mardi au mouvement, avec des manifestations dans au moins 10 universités à travers le pays. Sept d’entre elles se situent à Téhéran et sont parmi les plus prestigieuses d’Iran. D’autres établissements sont concernés à Isfahan (centre), Yazd (centre) et Zanjan (nord-ouest), ont rapporté les agences Ilna, proche des milieux ouvriers, et Irna, un média d’État. Le vice-président de l’Université de Téhéran, Mohammad Reza Taghidokht, a déclaré que quatre étudiants avaient été arrêtés mardi, puis relâchés dans la nuit.
L’économie, déjà fragilisée par des décennies de sanctions occidentales, souffre également du rétablissement fin septembre par l’ONU des mesures punitives internationales qui avaient été levées dix ans plus tôt, en lien avec le programme nucléaire de l’Iran. Dans ce contexte, le rial a atteint dimanche un niveau historiquement bas par rapport au dollar, selon le taux informel du marché noir, dépassant 1,4 million de rials pour un dollar (contre 820000 il y a un an) et 1,7 million pour un euro (contre 855000).
Cette dépréciation chronique entraîne hyperinflation et forte volatilité en Iran, où certains prix augmentent considérablement du jour au lendemain. Certains produits de première nécessité deviennent donc inaccessibles pour une partie de la population, qui subit les sanctions internationales contre l’Iran depuis quatre décennies. « Tout le monde ici se bat pour un bout de pain », résumait un manifestant interrogé mardi par le quotidien *Etemad*.
Ce mercredi, les écoles, banques et établissements publics sont fermés à Téhéran et dans quasi l’ensemble du pays à la demande des autorités, en raison du froid et pour économiser l’énergie, selon les médias d’État, sans établir de lien avec les manifestations.
Un bâtiment gouvernemental a été visé ce mercredi par une « attaque » à Fassa, dans le sud de l’Iran, selon les autorités. « La porte d’entrée […] du bâtiment du gouverneur provincial a été endommagée lors d’une attaque menée par plusieurs individus », a déclaré le chef du pouvoir judiciaire de la ville, Hamed Ostovar, sans préciser les circonstances ni mentionner les manifestations.
« Les manifestations pacifiques pour la défense des moyens de subsistance […] sont compréhensibles », avait déclaré plus tôt ce mercredi le procureur général de la République islamique, Mohammad Movahedi-Azad, cité par la télévision d’État. Cependant, il a averti que « toute tentative de transformer les manifestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger entraînera inévitablement une réponse légale, proportionnée et ferme ».

