L’opérateur postal public du Danemark ne distribue plus le courrier.
À partir du 1er janvier 2026, l’opérateur public PostNord arrêtera totalement la distribution du courrier au Danemark pour se concentrer exclusivement sur la livraison de colis. La chute du volume de courrier distribué par PostNord a conduit à une diminution de plus de 90% du nombre de lettres confiées à la poste danoise au cours des 25 dernières années.
C’est un tournant majeur pour les services postaux au Danemark : à partir du 1er janvier 2026, l’opérateur public PostNord cessera complètement la distribution du courrier pour se concentrer uniquement sur la livraison de colis. Cette décision, annoncée en mars dernier, entraînant la suppression d’un tiers des effectifs de l’entreprise.
PostNord a également décidé de faire don de ses boîtes aux lettres rouges à l’organisation Danmarks Indsamling (le Téléthon danois). Au total, 1000 boîtes aux lettres ont été mises en vente en ligne à des prix variant entre 1500 et 2000 couronnes danoises (soit de 200 à 267 euros), toutes vendues en quelques heures. Les 200 boîtes restantes, incluant des modèles provenant de sites particuliers et décorées par des artistes danois, seront mises aux enchères dans les semaines à venir.
Cette décision marque la fin d’une longue histoire, puisque la première boîte aux lettres du pays avait été installée à Copenhague en 1851, le Danemark ayant un service postal en charge de la distribution de courrier depuis 1624.
Alors, l’envoi de lettres est-il totalement terminé dans le pays ? Pas exactement : les Danois pourront toujours envoyer des lettres, mais ils devront se tourner vers des solutions alternatives, principalement vers la société privée Dao, qui « distribue des journaux à travers le Danemark depuis plus de 100 ans, des magazines depuis 2007, des lettres depuis 2011 et des colis depuis 2012 ».
Pour anticiper l’afflux probable de courrier privé, Dao a installé 1500 nouvelles boîtes aux lettres rouges dans ses centres de services. Un porte-parole a expliqué que « les Danois sont très attachés aux traditions lorsqu’il s’agit de courrier et de lettres. C’est pourquoi nous voulons préserver la tradition en installant des boîtes aux lettres rouges ».
La raison principale de ces changements ne surprendra sans doute personne : la chute spectaculaire du volume de courrier distribué par PostNord. En effet, le nombre de lettres confiées à la poste danoise a diminué de plus de 90 % au cours des 25 dernières années.
Cette diminution du courrier postal est un phénomène mondial, mais au Danemark, le déclin a atteint des proportions disproportionnées, probablement en raison du haut niveau de numérisation du pays, surtout dans le domaine des services publics. « Toutes les communications officielles sont déjà envoyées par courrier électronique, via le système d’identité numérique national – un dispositif que 5 % seulement des Danois ont rejeté », souligne à ce sujet le journal britannique The Guardian.
De son côté, la Commission européenne note qu’au Danemark, « la part des utilisateurs des sites web et applications gouvernementaux est restée très élevée et stable au fil des ans, à 98,50 % en 2024, un chiffre très proche des 98,86 % enregistrés en 2022 et nettement supérieur à la moyenne européenne de 74,71 % en 2024 ».
Dans ce contexte, le secteur public numérique danois a été désigné comme le meilleur au monde par les analyses des Nations Unies sur l’administration en ligne, le Danemark se classant premier en matière d’administration numérique parmi les 193 États membres de l’ONU, avec un indice de développement de l’administration en ligne de 0,98 (sur 1) et un indice de participation électronique également de 0,98 (en progression par rapport à 0,88 en 2022).
Le premier indice reflète la capacité du gouvernement à tirer parti des technologies pour fournir des services aux citoyens et aux entreprises, en fonction de la disponibilité et de la qualité des services publics en ligne, du niveau d’infrastructure accessible à la population (notamment en ce qui concerne la connectivité Internet) et du niveau général d’éducation, de compétences et de connaissances de la population. L’indice de participation électronique mesure la manière dont le gouvernement implique les citoyens dans les processus décisionnels grâce aux technologies de l’information, via des consultations en ligne, des votes en ligne et des plateformes de participation électronique.
En tournant notre regard vers le Canada, l’opérateur postal public, Postes Canada, enregistre une perte d’environ 10 millions de dollars canadiens par jour. Le gouvernement fédéral a donc annoncé une série de mesures à l’automne dernier pour tenter de redresser la situation financière de l’entreprise publique, partant d’un constat établi par elle-même : « Le courrier papier est en déclin constant depuis près de vingt ans. Les volumes, qui avaient culminé à 5,5 milliards de lettres en 2006, n’étaient plus qu’à 2 milliards de lettres l’an dernier – et l’érosion n’est pas terminée. » Pendant cette période, la population du pays a augmenté de près d’un tiers, ce qui signifie que des millions de ménages supplémentaires doivent recevoir leur courrier chaque jour.
Pour réaliser des économies, le gouvernement veut réduire les dépenses. Parmi les mesures envisagées, on trouve la fin de la livraison quotidienne pour les particuliers et la suppression de la livraison du courrier à domicile.
Bien que cette dernière mesure puisse sembler violente, la perception est quelque peu différente au Canada. En effet, Postes Canada précise que « moins du quart des adresses canadiennes reçoivent actuellement des lettres à leur porte. Depuis 40 ans, les nouveaux quartiers résidentiels reçoivent leur courrier à une boîte postale communautaire. Plus de 70 % des adresses canadiennes ont donc accès à une forme de livraison centralisée du courrier et des colis, comme les boîtes postales communautaires, les cases postales dans un immeuble d’appartements, ou les cases postales multiples ».
Cette evolution remet également en avant la question du coût : « La livraison à la porte coûte 78 % plus cher qu’une boîte postale communautaire ».
Enfin, en Belgique, le volume de courrier traité par Bpost a également chuté au fil du temps. Dans une interview récente accordée à Trends/Tendances, le directeur de l’entreprise, Chris Peeters, a évoqué un « crash des volumes de courrier classique [qui] se poursuit à un rythme accéléré. […] Ce marché est pratiquement à bout de souffle ».
Pour compenser cette chute de l’activité courrier et éviter de générer des pertes importantes, Bpost a cherché à optimiser sa distribution tout en augmentant régulièrement – et de manière significative – le prix des timbres. Selon les calculs de l’IBPT, le régulateur fédéral, « entre 2017 et janvier 2025, le timbre Prior aura augmenté de 200 % […] Le timbre non Prior a également connu une forte hausse de 61,1 % depuis son introduction en 2019 jusqu’en janvier 2025 inclus. »

