Maroc

Les Lions de l’Atlas confirment leur statut et retrouvent leur verve.

L’équipe nationale du Maroc a remporté son dernier match de la phase de groupes de la CAN 2025 en battant la Zambie trois buts à zéro, se qualifiant ainsi pour les huitièmes de finale en terminant première de son groupe. Ayoub El Kaabi a marqué à la 9ème minute, suivi de Brahim Diaz à la 27ème minute, alors que le Maroc a dominé la rencontre avec près de 70% de possession dès le premier quart d’heure.


Rabat n’a pas seulement été témoin d’une victoire. Lundi soir, la capitale a connu une véritable libération collective. Sous les projecteurs du stade Prince Moulay Abdellah, l’équipe nationale du Maroc a dominé la Zambie avec autorité, s’imposant trois buts à zéro, concluant ainsi la phase de groupes de cette CAN 2025 à domicile en leader du groupe et qualifiée pour les huitièmes de finale. Ce succès clair, maîtrisé, a dissipé les doutes, apaisé les tensions et rappelé à tous pourquoi les Lions de l’Atlas sont considérés, depuis le début, comme les favoris.

Ce match ne représentait pas un simple enjeu comptable. Après une entrée en matière peu convaincante contre les Comores et un match nul frustrant contre le Mali, le Maroc jouait avec une pression écrasante. Le public attendait une réponse. Les critiques étaient multiples, parfois excessives, parfois justifiées. Walid Regragui, figure centrale de ce projet, était à nouveau au cœur des discussions. Il fallait plus qu’une qualification déjà acquise ; il fallait une démonstration. Cette démonstration a eu lieu, éclatante.

Dès les premières secondes, le ton a été donné. Intensité maximale, pressing haut et volonté de jouer vers l’avant. Le Maroc a étouffé la Zambie à un degré rare à ce niveau. Les Chipolopolos n’ont jamais réussi à établir leur jeu ni même à espérer imposer un rapport de force physique. Rapidement, la possession a basculé en faveur des Lions, atteignant près de 70% dès le premier quart d’heure, symbole d’une domination totale et indiscutable.

Cette domination s’est concrétisée rapidement. Sur un centre précis de Azzedine Ounahi, Ayoub El Kaabi a jailli entre trois défenseurs pour réaliser une tête plongeante imparable (9’). Ce geste pur d’un vrai numéro neuf, précis et clinique, a libéré le stade et a lancé la soirée marocaine. El Kaabi, déjà décisif lors du premier match, a confirmé son état de grâce.

Le Maroc, loin de se contenter de son avantage, a continué d’accélérer. La circulation du ballon était fluide, intelligente et souvent verticale. Ounahi, véritable chef d’orchestre du milieu, a livré une performance majeure. Il a créé plus d’occasions que tout autre joueur sur le terrain (4), subi le plus de fautes (5) et disputé un nombre impressionnant de duels (15), tout en délivrant deux passes décisives. Son influence a été constante, tant dans la construction que dans la désorganisation du bloc adverse.

À la demi-heure de jeu, sur une nouvelle ouverture inspirée d’Abdessamad Ezzalzouli, Brahim Diaz a surgi dans la surface et a conclu du pied gauche (27’). Ce troisième but en trois matchs de poule propulse le joueur du Real Madrid en tête du classement des buteurs du tournoi et lui permet d’entrer dans l’histoire. En marquant lors de chaque rencontre de groupe, il égalise la performance d’Ahmed Faras, Ballon d’or africain en 1975 et icône du football marocain. Un clin d’œil du destin, chargé de symbolisme, quelques mois après la disparition de la légende.

À ce stade, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 200 passes réussies contre moins d’une centaine pour la Zambie, 8 tirs contre un seul, une maîtrise totale du tempo. Les Lions de l’Atlas jouaient juste, vite et avec une confiance retrouvée. Le nombre de dribbles réussis en une heure de jeu contre la Zambie dépassait déjà le total cumulé des deux premiers matchs de poule. Le Maroc s’exprimait enfin librement.

La seconde période n’a fait que confirmer cette impression de puissance tranquille. Cinq minutes après la reprise, Ayoub El Kaabi a réalisé l’un des gestes les plus marquants de cette CAN : un retourné acrobatique d’une pureté rare, son deuxième but du tournoi. Dans une compétition où l’efficacité prime souvent sur l’esthétique, l’attaquant de l’Olympiacos rappelle que le football peut également être un art. Élu homme du match avec une note éclatante (8,7), il a incarné le pressing incessant, le sens du but et le sacrifice collectif.

Tout autour de lui fonctionnait parfaitement. Ismaël Saibari, repositionné dans un rôle axial plus cohérent, a remporté le plus grand nombre de duels de la rencontre (10). Noussair Mazraoui, d’une solidité remarquable, n’a perdu aucun de ses duels (6/6). Nayef Aguerd, patron discret mais essentiel, a été le joueur le plus sollicité à la relance, enchaînant les passes précises et rassurantes (65 réussies sur 68). Cette ossature a permis au Maroc de jouer haut, de récupérer rapidement et d’asphyxier un adversaire débordé.

Puis est venu le moment tant attendu par le stade. À la 64ème minute, Achraf Hakimi a fait son entrée. L’ovation a été immense, presque émotive. 59 jours après sa blessure, le capitaine retrouve la pelouse, ajoutant une dimension supplémentaire à l’équipe. Sa simple présence a modifié le visage de l’équipe. Positionné tantôt latéral, tantôt milieu, parfois avant-centre, Hakimi a apporté ce déséquilibre permanente qui rend le Maroc difficile à contenir. Il est passé tout près de marquer, obligeant le gardien zambien à deux parades d’une grande classe, et a déjà montré qu’il était prêt pour les prochains défis.

Eliesse Ben Seghir, en zone mixte, a souligné l’importance de ce retour. Pour lui, « le retour de Hakimi dépasse le simple cadre sportif ». Il le décrit comme « un leader, un frère, un joueur qui apporte de la joie et de l’énergie dans le groupe ». Il insiste également sur « l’importance de Walid Regragui », décrit comme « un entraîneur vrai, respecté, pour qui les joueurs sont prêts à se battre ». Dans ses propos, on perçoit une profonde unité, une relation humaine forte, souvent invisible, mais essentielle dans les compétitions majeures.

Cette victoire est aussi le fruit d’un choix tactique affirmé. En optant pour un milieu plus créatif et en libérant certains joueurs de rôles inadaptés, Regragui a retrouvé un équilibre parfois manquant. Le Maroc a joué comme une équipe moderne, compacte sans le ballon, audacieuse avec, capable de presser haut pendant 90 minutes sans perdre sa lucidité. Une équipe qui ressemble davantage à un grand club qu’à une sélection en construction.

Bien sûr, tout n’est pas encore acquis. Le Maroc n’est pas encore champion d’Afrique. Il reste encore un long chemin à parcourir. Pourtant, ce lundi soir à Rabat, les Lions de l’Atlas ont envoyé un message clair à l’ensemble du continent. Lorsque cette équipe joue à ce niveau d’exigence, d’intensité et de justesse, elle devient redoutable. Très difficile à mettre à mal. Presque effrayante.

Dimanche prochain, face à l’un des meilleurs troisièmes, une nouvelle épreuve commencera. Celle des matchs à élimination directe, où la moindre erreur se paie. Mais avec cette formation retrouvée, cette confiance ressuscitée et ce public en soutien, la sélection marocaine avance désormais avec certitudes. Et surtout, avec une promesse magnifique : continuer à faire vibrer tout un peuple.

**Mehdi Ouassat**