EDF présente son plan pour réduire le prix de l’électricité en France.
EDF a levé le voile fin décembre sur son devis pour la construction de six réacteurs EPR2, dont le montant est de 72,8 milliards d’euros en euros constants de 2020, soit plus de 83 milliards en tenant compte de l’inflation actuelle. En 2023, le gouvernement français a fixé un prix de référence de 70 €/mégawattheure (MWh) pour l’électricité nucléaire historique, à partir de 2026 et pour une durée de quinze ans.
Le prix de l’électricité pourrait-il diminuer à l’avenir grâce aux nouvelles centrales nucléaires ? C’est envisageable, même si les énergies renouvelables pourraient également contribuer à cette baisse des coûts.
EDF a révélé fin décembre son estimation pour la construction de six réacteurs EPR2, comme le rapporte Contexte. Le montant s’élève à 72,8 milliards d’euros en euros constants de 2020, soit plus de 83 milliards si l’on prend en compte l’inflation actuelle.
Ce montant est élevé. Toutefois, au-delà de cette facture conséquente, il est essentiel de s’intéresser au potentiel de réduction des prix de l’électricité dans les années à venir, un sujet rarement abordé dans les discussions sur le nucléaire en France.
Pour saisir comment ce programme pourrait effectivement diminuer vos factures d’électricité, il faut d’abord comprendre le concept d’effet de série dans la construction nucléaire.
### Le secret français des années glorieuses
La France a connu un âge d’or dans la construction nucléaire. Entre 1970 et 1980, le pays a construit 54 réacteurs en une quinzaine d’années, pour un coût total équivalent à 65 milliards d’euros aujourd’hui. C’était une période de standardisation : mêmes modèles, approche industrielle identique et apprentissages rapides. Ce succès repose sur un principe simple : plus vous construisez de réacteurs identiques, moins chaque unité supplémentaire coûte cher.
EDF s’appuie sur cette leçon du passé pour les EPR2. Les chiffres qu’ils avancent sont sérieux : selon les annonces officielles, la construction de la deuxième tranche à Penly devrait être 20 à 30 % moins onéreuse que la première. Entre la première tranche et la dernière (au Bugey), EDF prévoit une réduction de coûts d’environ 30 %, associée à un gain de 32 mois dans les délais globaux.
### Moins de temps, moins cher : le double dividende
Pour réaliser ces économies, EDF opère sur deux axes : réduire la durée de construction et maîtriser les coûts. L’entreprise ambitionne de descendre sous les 90 mois de construction (contre 96 mois initialement prévus) pour la première tranche, avec un objectif à long terme de 70 mois. Ce chiffre serait plus proche de ce qui est observé sur les chantiers nucléaires chinois.
Chaque mois gagné diminue les coûts de financement et permet une mise en service plus rapide. Pour une infrastructure nécessitant des investissements de dizaines de milliards d’euros, cela représente une économie substantielle.
Comment atteindre cette accélération ? Grâce à l’expérience passée. Les projets de Flamanville en France, d’Olkiluoto en Finlande et de Taishan en Chine montrent que les équipes deviennent progressivement plus efficaces. Entre le premier EPR finlandais (Olkiluoto) et le premier EPR chinois (Taishan), on observe une réduction de 60 % des heures d’ingénierie consacrées à la chaudière nucléaire. Les délais d’approvisionnement des composants clés ont également baissé de 40 % en moyenne.
### Construire par paires : mutualiser pour économiser
Une subtilité importante est que les six réacteurs seront construits par paires sur trois sites différents (Penly, Gravelines, Bugey). Cette configuration permet de mutualiser les infrastructures d’un même site – travaux de terrassement, structures communes, installations de soutien. Le résultat est une réduction d’environ 15 % sur le coût du deuxième réacteur du même site.
Cette stratégie est inspirée des réacteurs chinois de Taishan, où deux EPR partagent les mêmes installations. Ce n’est pas une théorie abstraite, mais une économie mesurable.
### La vraie question : à quel prix l’électricité ?
Tous ces éléments convergent vers une question simple : quel sera le prix de vente de l’électricité produite ? Le gouvernement français a fixé en 2023 un prix de référence de 70 €/mégawattheure (MWh) pour l’électricité nucléaire historique, à partir de 2026 pour une durée de quinze ans. Ce tariféquilibre les besoins de rentabilité d’EDF avec la compétitivité de l’industrie française.
Pour les EPR2, un mécanisme différent a été mis en place : un contrat pour différence (CFD) établit un prix plafond de 100 €/MWh. Cependant, le véritable potentiel réside dans la promesse qu’EDF réitère depuis décembre : grâce aux économies d’échelle, le prix de production pourrait diminuer significativement.
Xavier Gruz, directeur exécutif d’EDF chargé du nouveau nucléaire, a fait preuve de prudence lors de la présentation du devis. Les équipes envisagent un prix de 70 €/MWh, mais « on n’a pas de calcul aujourd’hui suffisamment précis pour être très engagé sur le sujet ». Autrement dit, les économies d’échelle sont réelles, mais leur ampleur dépendra de la capacité d’EDF à tenir ses promesses concernant les délais et la maîtrise des surcoûts.
### L’ombre du passé : pourquoi EDF doit convaincre
On pourrait être tenté d’émettre des doutes. Flamanville, le premier EPR français, a accumulé 12 années de retard, son coût ayant explosé de 3,3 milliards d’euros à 23,7 milliards. Hinkley Point C en Angleterre traverse des difficultés similaires : initialement budgété à 26 milliards de livres, le projet atteint désormais 31 à 34 milliards et ne devrait démarrer qu’en 2029 au plus tôt.
Ces échecs traduisent une perte de compétences dans le secteur nucléaire français, une sous-estimation chronique des risques techniques et une certaine perte de discipline industrielle par rapport aux années 1970. C’est justement ce qu’EDF s’efforce de rectifier avec son programme EPR2 : apprendre des erreurs passées, constituer des provisions accrues pour les risques et renforcer les engagements vis-à-vis des partenaires industriels.
Le devis de 72,8 milliards inclut d’ailleurs un « niveau de provisions pour risques qui a augmenté », ce qui témoigne explicitement des incertitudes. Ce n’est pas négatif : mieux vaut prévoir large et terminer en dessous que de découvrir en cours de route que le budget est insuffisant.
### Ce que cela signifie pour vous
Si EDF respecte ses engagements (si les délais se raccourcissent, si les coûts diminuent réellement de 30 % entre la première et la dernière tranche, si l’effet de série est efficace), alors l’électricité produite par les EPR2 pourrait effectivement être bien moins chère que prévu.
Concrètement, cela se traduirait par des prix de l’électricité plus stables et plus compétitifs pour l’industrie française dans les années 2040 et au-delà. Cela est crucial pour la compétitivité des centres de données, des usines de batteries et de tous les secteurs à forte consommation énergétique qui hésitent encore à s’implanter en France plutôt qu’en Allemagne ou ailleurs.
Cependant, rien n’est garanti. Tout repose sur la capacité d’EDF à transformer ses promesses en réalités. L’État lui-même est vigilant : un audit de la délégation interministérielle au nouveau nucléaire doit valider le devis au premier trimestre 2026.
Les six premiers EPR2 ne seront pas opérationnels avant 2038 au plus tôt (un délai long, mais conforme à la réalité industrielle des grands projets nucléaires).
Pendant ce temps, d’autres technologies avancent, les énergies renouvelables se développent et les batteries s’améliorent. La question n’est pas tant « l’électricité nucléaire sera-t-elle pas chère ? » que « sera-t-elle compétitive dans le mix énergétique de 2040-2050 ? ». Effectivement, les énergies renouvelables (solaire et éolien) pourraient devenir moins chères que le nucléaire des EPR2, ce qui est déjà le cas aujourd’hui.
Pour EDF et pour la France, c’est un enjeu de crédibilité. Les économies d’échelle ne sont pas un mythe : les chantiers chinois et le succès des années 1970 en témoignent. Reste à savoir si l’électricien français pourra enfin conjurer les dépassements de coûts majeurs et transformer une promesse en succès.

