Belgique

« Paul Magnette juge ‘impossible’ de remettre le chômage ‘à vie' »

Dès ce 1er janvier 2026, les chômeurs de longue durée commenceront à être privés de leurs allocations de chômage, commençant par les demandeurs d’emploi au chômage depuis plus de 20 ans. Selon l’accord de gouvernement Arizona conclu au début de l’année 2025, il était estimé que la réforme du chômage générerait des économies de l’ordre de 902 millions la première année, pour atteindre jusqu’à près de 2 milliards d’euros en 2029.


Dès le 1er janvier 2026, les demandeurs d’emploi de longue durée commenceront à perdre leurs allocations de chômage, en commençant par ceux qui sont sans emploi depuis plus de 20 ans. Ce changement fait partie d’une réforme souhaitée par le gouvernement Arizona.

Cette réforme a suscité des critiques de la part des différents partis d’opposition, y compris du Parti Socialiste (PS). Cependant, dans une interview accordée au Soir le 27 décembre, Paul Magnette, président du PS, a exprimé des doutes sur l’idée d’un retour en arrière si les socialistes revenaient au pouvoir. Il a mentionné que des citoyens lui demandaient si les socialistes allaient « remettre le chômage à vie ». « Bien sûr que non, jamais le chômage ne reviendra à durée illimitée, c’est impossible », a-t-il répliqué.

Dans cette même interview, Magnette a expliqué qu’il était impossible de redonner des droits à des personnes qui les avaient perdus. De plus, il a affirmé qu’aucun parti politique n’accepterait de revenir sur cette réforme, préférant plutôt « proposer autre chose » en matière de « mise à l’emploi », d’ »individualisation des droits » ou encore de « dispositifs pour les publics en difficulté ».

S’agissant des perspectives futures, la probabilité qu’un gouvernement envisage un retour en arrière sur une réforme de cette ampleur semble limitée. En effet, la structure politique belge requiert la formation de coalitions regroupant divers partis provenant des différentes régions du pays.

D’un point de vue juridique, un gouvernement peut annuler une disposition adoptée par un précédent gouvernement, mais cela reste rare et concerne généralement des modifications mineures. Un retour sur une réforme aussi significative que celle du chômage paraît peu réaliste, car il est peu probable qu’il se forme une coalition sans un ou plusieurs partis qui soutiennent la limitation des allocations de chômage, ce qui bloquerait toute tentative de recul.

Bien que le précédent gouvernement d’Alexander De Croo ait pu annuler une réforme majeure concernant le nucléaire, cette situation était facilitée par le fait que les écologistes, favorables à la sortie du nucléaire, étaient dans l’opposition.

Concernant les motivations financières, l’accord de gouvernement Arizona, conclu au début de l’année 2025, prévoyait des économies de 902 millions d’euros la première année, atteignant près de 2 milliards d’euros en 2029. Revenir sur cette réforme impliquerait de trouver d’autres sources de financement pour l’État, surtout dans un contexte où le PS, quel que soit le nouveau gouvernement formé, devra faire face à la nécessité de générer des économies ou de créer de nouvelles recettes.

Il est également probable qu’une partie des demandeurs d’emploi aura retrouvé du travail au fil du temps, tandis que d’autres ne l’auront pas. « On n’ira probablement pas au-delà de 20-25% (des ex-chômeurs qui auront retrouvé un travail) », a indiqué Giuseppe Pagano, expert en finances publiques. Réintégrer tous les autres demandera un coût, ce qui pourrait aller à l’encontre d’autres objectifs budgétaires. « Il faut que la situation budgétaire s’améliore sensiblement » pour envisager un retour en arrière, a-t-il ajouté.

L’opinion exprimée par Paul Magnette à ce moment semble interroger. « On peut considérer un peu surprenant qu’en tant que leader d’un des principaux partis d’opposition, il écarte d’emblée cette alternative », a commenté Damien Piron, professeur à l’ULiège. Pour lui, une telle déclaration du principal parti d’opposition complique encore davantage le retour sur cette réforme.

Magnette semble ainsi adopter une approche « hyper réaliste ». Comment cette position sera-t-elle reçue par les membres et électeurs du PS ? Cela pourrait mécontenter les citoyens qui se sentent lésés par la politique actuelle, tout en pouvant également constituer un  » recentrage du parti » pour reconquérir des électeurs perdus.

Le PS a amorcé une opération de « refondation » après son échec aux élections de juin 2024, ce qui pourrait aussi expliquer cette prise de position.