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« Garantie de sécurité » pour l’Ukraine : désaccords entre Européens et Américains

Volodymyr Zelensky a estimé que « 90% » du plan de paix américain en vingt points avait été « approuvé ». Donald Trump a déclaré que la question était réglée à « 95% », s’attendant à ce que les « Européens » se chargent d’une « grande partie » des garanties sécuritaires.

Aux côtés de Volodymyr Zelensky, il a été estimé que « 90% » du plan de paix américain en vingt points avait été « approuvé« .

Il a mis l’accent sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine en cas de cessez-le-feu, « une étape essentielle pour parvenir à une paix durable« .

Selon ses déclarations, les garanties de sécurité entre les États-Unis et l’Ukraine ont été « approuvées à 100%« , tandis que celles entre les États-Unis, l’Europe et l’Ukraine seraient « presque approuvées« .

Donald Trump a exprimé une certaine prudence, déclarant que la question était réglée à « 95%« . Il a également précisé s’attendre à ce que les « Européens » prennent en charge une « grande partie » de ces garanties sécuritaires, avec le soutien des États-Unis.

Une différence d’approche

Au-delà de ces pourcentages, que sait-on vraiment des « garanties de sécurité » demandées par l’Ukraine ? Qu’a-t-elle effectivement obtenu ?

« Le fait que les deux intervenants aient parlé différemment montre qu’il existe une différence d’approche« , analyse Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécuritaire en Europe (IPSE).

Les conceptions des « garanties de sécurité » diffèrent entre Américains et Européens.

« Pour les Européens, l’objectif est de déployer des troupes sur le terrain pour garantir le cessez-le-feu et prévenir toute reprise des hostilités. Les États-Unis estiment que cette responsabilité incombe aux Européens sans que les Américains aient à financer cela, tout en maintenant que les garanties de sécurité seraient fournies par les Américains en cas de conflit, via l’OTAN« .

Les Européens vont-ils offrir un soutien de sécurité tangible aux Ukrainiens ou, plus modestement, un soutien politique et symbolique ? À ce stade, le président russe Vladimir Poutine affiche une intransigeance sur ces questions, à laquelle Donald Trump semble être attentif.

« Les Etats-Unis s’engagent sur des garanties de sécurité, sans donner l’impression à Moscou qu’ils sont prêts à faire la guerre à la Russie, mais en affirmant que ce sont les Européens qui s’opposeront à la Russie en cas de violation de l’accord de paix« , ajoute le chercheur de l’IPSE.

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécuritaire en Europe (IPSE). © Tous droits réservés

D’abord un cessez-le-feu durable

Pour commencer, examinons l’objectif. Que sont censées garantir ces « garanties de sécurité » ? En théorie, pour les Européens (et les Ukrainiens), elles visent à stabiliser la ligne de front, en empêchant la Russie de réconstituer ses forces pour atteindre plus tard ce qu’elle n’a pas réussi à réaliser en 2022, c’est-à-dire contrôler l’Ukraine dans son ensemble.

Cependant, la mise en place de garanties de sécurité dépend d’un cessez-le-feu durable.

Nous n’y sommes pas encore ; la perspective d’une cessation des combats par la Russie reste illusoire. La Russie, qui contrôle 90 % du Donbass, exige qu’Ukraine retire ses troupes de la région, ce que Kiev refuse de faire. Ce point a été retiré de la dernière version du plan de paix américain en vingt points. Volodymyr Zelensky et Donald Trump ont convenu que l’avenir du Donbass n’était pas encore résolu.

En cas de cessez-le-feu, les Européens seront confrontés à de nombreuses questions. Comment les forces russes se positionneront-elles au-delà de la ligne de front ? Une zone démilitarisée sera-t-elle établie en Ukraine, notamment dans le Donbass ? Le déploiement de garanties de sécurité devra s’adapter aux différents dispositifs possibles.

Le président américain Donald Trump rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky à sa résidence de Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 28 décembre 2025. © – Jim WATSON / AFP

Déploiement de troupes en Ukraine

Les Européens n’étaient pas présents lors de la réunion à Mar-a-Lago, mais des discussions téléphoniques ont eu lieu avec des dirigeants européens. Suite à cela, Emmanuel Macron a convoqué une réunion de la « coalition des volontaires » début janvier à Paris, afin de discuter des garanties de sécurité, « pour finaliser les contributions concrètes de chacun« . Ces pays, alliés de Kiev et dirigés par la France et le Royaume-Uni, cherchent à organiser une opération militaire ad hoc en Ukraine, en remplacement de l’OTAN, en cas de cessez-le-feu.

Que propose concrètement cette coalition ?

Diverses options sont à l’étude, comme le déploiement d’une mission d’observation, le maintien d’une présence en support, axée sur la formation et la reconstruction de l’armée ukrainienne, ou le déploiement de petites unités positionnées de sorte à garantir que toute agression entraînerait mécaniquement une riposte de la part de puissances. Par exemple, la mort d’un soldat français lors d’une violation du cessez-le-feu entraînerait une réponse militaire conséquente de la France, visant à être dissuasive.

Une autre option plus ambitieuse serait de déployer un nombre conséquent de troupes — au moins 20 000 soldats, équipés de moyens de frappe et de renseignement — en vue de véritablement fixer la ligne de front.

On sait très bien que ce n’est pas possible

Interrogé ce lundi sur ces options, Volodymyr Zelensky a affirmé que le déploiement de troupes étrangères en Ukraine serait en effet une garantie de sécurité nécessaire et « réelle » pour dissuader toute nouvelle attaque russe.

Mais la coalition dispose-t-elle réellement des moyens nécessaires ? Sans le soutien des États-Unis, quelle serait la crédibilité de ces unités ?

« On sait très bien que ce n’est pas possible« , estime Emmanuel Dupuy. « Mais en même temps, c’est une manière de présenter les choses« . Cela pourrait donc se traduire par un soutien symbolique.

Est-ce une perte de temps ? Moscou a déjà déclaré que tout déploiement de troupes étrangères en Ukraine serait inacceptable. Il est difficile d’imaginer que la coalition puisse s’imposer dans ces conditions.

Le président français Emmanuel Macron, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Premier ministre britannique Keir Starmer participent à une réunion des dirigeants européens à Kiev, le 10 mai 2025. © – Genya Savilov / AFP

Quel soutien des Etats-Unis ?

Quelles garanties de sécurité les États-Unis sont-ils prêts à offrir ?

Après la réunion en Floride, Volodymyr Zelensky a déclaré lors d’une conférence de presse en ligne que les États-Unis avaient proposé des garanties de sécurité « solides » pour une durée de 15 ans, renouvelable face à la Russie. « Je voulais vraiment que ces garanties soient plus longues. Et je lui ai dit que nous voulons envisager la possibilité de 30, 40, 50 ans« , a-t-il ajouté, précisant que son homologue américain s’était engagé à réfléchir à cette option.

Pour Donald Trump, explique Emmanuel Dupuy, « les garanties de sécurité, c’est une présence forte otano-américaine aux frontières de l’Ukraine, pas nécessairement sur le territoire ukrainien« . Il s’agit concrètement de soutien immatériel, comme la fourniture de renseignements, d’images satellites ou encore du « Command and Control« , qui permet la direction et la coordination des forces ou des systèmes, tel que les Américains opèrent aujourd’hui pour l’Ukraine dans le cadre de l’OTAN.

Je suis certain que les Américains ne déploieraient pas d’avions

Lors de précédentes discussions sur les garanties de sécurité, les Américains avaient envisagé un soutien aérien. Le chercheur de l’IPSE rejette cette possibilité : « Je suis certain que les Américains ne déploieraient pas d’avions en Ukraine. Je ne suis pas sûr que les Américains permettraient à l’OTAN de déployer des avions« , prédit-il.

Le déploiement d’avions américains dans le cadre de l’OTAN ne serait même pas un élément des garanties de sécurité telles que les Américains les envisagent.

En revanche, l’acquisition de matériel américain par les Européens et les Ukrainiens entrerait dans ce cadre. Les Américains souhaitent probablement que les 90 milliards d’euros que l’Union européenne a décidé d’emprunter pour soutenir l’Ukraine servent à acheter des armes américaines. « La garantie de sécurité pour les États-Unis, c’est que l’Ukraine ait des armes américaines, plus de systèmes anti-missiles, plus de systèmes patriotes, etc.« , indique Emmanuel Dupuy.

Autrement dit, les garanties de sécurité américaines risqueraient de diminuer les garanties de sécurité européennes. Elles seraient même en contradiction avec les projets visant à atteindre une autonomie stratégique.

Les parlementaires américains veilleront à ce que ces garanties ne soient pas simplement un décret

Parmi les garanties de sécurité qui avaient été évoquées précédemment, Volodymyr Zelensky a cité la possibilité d’un mécanisme de sécurité similaire à l’article 5 de l’OTAN, qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’agression.

Selon Volodymyr Zelensky, Donald Trump a « confirmé » les « détails » de ces garanties et a souligné qu’elles devraient être votées par le Congrès américain.

De fait, sur ces questions de sécurité qui impliquent un engagement américain, Donald Trump se heurtera à la pression du Congrès. « Les parlementaires américains voudront que ces garanties de sécurité ne soient pas juste un ‘executive order’ (décret, ndlr) qui dépendrait de la bonne volonté du président, ni d’un coup de téléphone à Vladimir Poutine« , note le chercheur de l’IPSE.

En pratique, on prévoit plutôt un déclenchement séquentiel et proportionnel, plutôt qu’un déclenchement automatique, avec une discussion préalable.

Davantage de sanctions contre la Russie ?

Lors de la conférence de presse en ligne, Volodymyr Zelensky a ajouté que l’obtention par Kiev de garanties de sécurité serait une condition préalable à la levée de la loi martiale en vigueur depuis le début de l’invasion russe, le 24 février 2022, permettant ainsi l’organisation d’élections présidentielles.

On connaît le point de vue russe, qui a envahi l’Ukraine pour « dénazifier » le pays et destituer Volodymyr Zelensky. « Si le président Zelensky est réélu« , prévoit Emmanuel Dupuy, « Moscou ne l’acceptera pas« .

À ce stade, la garantie de sécurité pour l’Ukraine consiste à renforcer la capacité de dissuasion vis-à-vis de la Russie. Le chercheur de l’IPSE souligne qu’il faut aussi « continuer à fragiliser l’économie russe pour qu’elle ne puisse pas investir 40 % de son budget dans son industrie de défense mais, cependant, ce n’est pas tout à fait dans l’esprit américain« .

En effet, les Américains conditionnent toute négociation à l’arrêt des sanctions contre la Russie.