TikTok : Les faux comptes d’actualités, un business lucratif
Il n’y aura aucune augmentation générale de 220 euros, et le gouvernement n’entend pas (encore) taxer les retraits d’espèces. Victor, 29 ans, affirme gagner entre 1.500 et 4.500 euros brut par mois en racontant des histoires insolites sur TikTok.
Il n’y aura aucune augmentation générale de 220 euros (désolé), et le gouvernement n’a pas l’intention (pour l’instant) de taxer les retraits d’espèces. Ce genre de fausses informations circule abondamment sur TikTok, relayées par de nombreux faux comptes d’actualités. Au final, cela génère des millions de vues et des revenus parfois conséquents pour leurs créateurs, souvent sans scrupules.
Entre faits divers fictifs et annonces « choc » concernant le pouvoir d’achat, ces vidéos, mélangeant images d’illustration et voix off générée par une IA, suscitent des réactions indignées ou enthousiastes. Sur les réseaux sociaux, commentaires, partages et réactions entraînent de l’engagement et donc une rémunération, contribuant au désordre informationnel.
**Entre 1.500 et 4.500 euros brut par mois**
Victor, 29 ans, utilise un prénom d’emprunt et s’est lancé sur TikTok il y a un an et demi après avoir perdu son emploi. « Il fallait que je rebondisse. Du coup, j’ai cherché plusieurs niches pour faire de l’argent », explique cet habitant de la région marseillaise, actif sur « deux ou trois comptes » auxquels il consacre environ six heures par jour. Il prétend gagner entre 1.500 et 4.500 euros brut par mois en racontant des histoires insolites qui « font de l’audience ».
Océane Herrero, journaliste et autrice du livre « Le système TikTok » (éd. du Rocher), souligne que ces formats vidéo, conçus pour provoquer « une réaction émotionnelle », notamment sur la hausse du coût de la vie, participent à une « industrialisation des fausses infos ».
Les faux récits de faits divers avec points d’exclamation et émojis horrifiés (comme des rumeurs de kidnapping ou de fauves errants) rencontrent un grand succès, tout comme les annonces de couvre-feu pour les mineurs après 23 heures ou d’amende de 35 euros pour les automobilistes écoutant de la musique. Victor, tout en publiant de vraies informations pour éviter que ses comptes ne soient interdits par la plateforme, évite les sujets liés au Moyen-Orient ou à l’Afrique, qui ne sont pas éligibles au programme de monétisation de TikTok.
Pour échapper à cette contrainte depuis Dakar, Eric (nom d’emprunt), 28 ans, diffuse ses vidéos via le compte d’un ami vivant en France. Ces revenus lui ont permis de financer une opération d’environ 1.500 euros après un accident. Il explique que ces vidéos attirent des centaines de milliers d’internautes, comme Benjamin et Will, qui « font confiance aux médias indépendants » plutôt qu’aux médias traditionnels qu’ils accusent de « lavages de cerveaux ».
**L’attrait de la monétisation**
Difficile de mesurer l’ampleur du phénomène, mais le mot « actualité » fait apparaître une multitude de comptes sur TikTok tels que « actualités du jour » ou « actu France ». Souvent, un seul créateur gère plusieurs comptes. « Je fais tout ça pour la monétisation », déclare Maxime (prénom d’emprunt), 19 ans, qui souhaite financer une formation aux outils IA de création de films.
Grâce au succès de certaines de ses vidéos, y compris un deepfake de la dirigeante italienne Giorgia Meloni mi-novembre, son compte est devenu éligible à la rémunération, lui rapportant 60 euros. Il se réjouit de ce « premier gros cachet », tout en avouant être « très gêné » que des internautes y croient. TikTok a depuis supprimé son compte.
Ces contenus enfreignent les conditions du programme de monétisation de la plateforme, le « Creator Rewards Program », qui est accessible aux comptes ayant plus de 10.000 abonnés, cumulant 100.000 vues au cours des 30 derniers jours et présentant des vidéos de plus d’une minute.
« L’aspect trompeur et la quête d’engagement de ces comptes relèvent de comportements que TikTok est censé décourager », confirme Océane Herrero, précisant que le réseau peut les sanctionner dès qu’ils ont causé un « préjudice » important. Contactée par l’AFP, la plateforme assure qu’elle agit « contre la désinformation », qu’elle soit « intentionnelle » ou non.
Ces comptes « contribuent à la perte de confiance dans le système politique », car ils évoquent des mesures fictives, créant une impression d’arbitraire, conclut l’experte. L’AFP, parmi plus d’une quinzaine d’organisations de fact-checking, est rémunérée par TikTok dans plusieurs pays pour vérifier les vidéos contenant potentiellement de fausses informations.

