Mélanie Toubeau : Brigitte Bardot n’a pas créé BB sans le regard des hommes.
Brigitte Bardot a arrêté le cinéma à 39 ans et s’est engagée à fond pour les animaux. Selon Mélanie Toubeau, « Il est dommage que ses prises de paroles xénophobes et homophobes soient venues tout gâcher ».
La mort de Brigitte Bardot signe la fin d’une légende du septième art, celle d’une icône qui a marqué l’imaginaire collectif. Tout comme Marilyn Monroe, Brigitte Bardot est reconnue même par ceux qui n’ont jamais vu ses films. Cependant, contrairement à l’actrice américaine, elle a survécu à sa carrière, et la seconde partie de sa vie est bien plus controversée.
« Elle fait penser au portrait de Dorian Gray », analyse Mélanie Toubeau, fondatrice du site *La Manie du cinéma* et autrice du livre *Une histoire de cinémas*, publié chez Webedia Books. « D’un côté, on a son image de star au physique de rêve, de l’autre son image vieillissante, défenseuse des animaux mais aigrie, condamnée pour ses positions à l’extrême droite ». Ces deux facettes de Brigitte Bardot, semblables à celles de Gainsbourg et Gainsbarre ou de Renaud et Renard, sont indissociables de ce qu’elle représente.
### BB, une femme pas si libre
Mélanie Toubeau, trentenaire passionnée de cinéma, a découvert Brigitte Bardot dans *Le Mépris* de Jean-Luc Godard. « J’étais très jeune et j’ai détesté le film en grande partie à cause de Bardot, se souvient-elle. Pour moi qui construisais alors mon féminisme, elle représentait ce que je détestais : une femme objet mise au service du « male gaze », le regard masculin. Elle a créé BB à travers le regard des hommes ». Néanmoins, Brigitte Bardot a longtemps incarné la liberté voire la libération de la femme. « Elle montrait une femme libérée telle que la rêvent les hommes, souligne l’autrice. Elle projetait une image enfantine et hypersexualisée qui ne se déshabillait pas par choix ni par envie, mais pour attirer les hommes ». Le choix, Brigitte Bardot ne l’a pas vraiment connu. Poussée par ses parents vers une carrière qu’elle n’a pas désirée, puis modelée par des cinéastes, elle a vécu la célébrité et l’hypermédiatisation comme un cauchemar, impression que reflète le film *Vie privée* de Louis Malle.
« Les seules décisions qu’elle semble avoir prises sont d’arrêter le cinéma à 39 ans, puis de s’engager pleinement pour les animaux, un domaine pour lequel on ne peut que l’admirer », insiste Mélanie Toubeau. Elle déplore que ses prises de parole xénophobes et homophobes aient pu ternir son héritage. « C’était sans doute les mots d’une femme qui n’a jamais pu s’épanouir, mais cela n’excuse rien ». La star a laissé des souvenirs distincts selon les générations : les plus âgés se souviennent de la jeune fille dansant sous l’objectif de Roger Vadim, tandis que les plus jeunes l’associent à ses sympathies pour l’extrême droite. « De l’icône, elle garde la dimension sur papier glacé d’une silhouette qui n’existait que devant les caméras, souligne Mélanie Toubeau. Elle a été une influenceuse influençable qui a montré une certaine forme de liberté », ouvrant la voie à d’autres femmes sans l’avoir vraiment voulu, tout en soutenant des idées contestables.
### Les icônes d’aujourd’hui
Aujourd’hui, Brigitte Bardot n’a pas d’équivalent. « Madonna pourrait lui être comparée, réfléchit Mélanie Toubeau, mais les temps ont changé. Madonna utilise sa liberté pour elle-même, pas pour plaire aux hommes. Elle est bien plus libérée que Brigitte Bardot ne l’a jamais été ». Madonna est reconnue pour défendre la cause féministe, ce qui n’a pas été le cas de Brigitte Bardot, toujours attachée à des positions réactionnaires dont l’origine reste floue.
« Il n’est plus possible d’avoir des icônes comme Brigitte Bardot simplement parce que de plus en plus de femmes s’expriment aujourd’hui. Elles ne sont plus des exceptions attendant que des cinéastes les mettent en avant ou leur donnent le droit de parler ». Les femmes écrivent, réalisent et font entendre leur voix. Elles ont pris des décisions. « Celles qu’on voit et entend sont des femmes déterminées et talentueuses, souvent engagées politiquement, comme Zendaya ou Kristen Stewart », observe l’autrice. Kristen Stewart, elle aussi, a débuté sa carrière très jeune, mais a su prendre les rênes de son parcours et de sa filmographie, n’ayant pas peur de bousculer les normes. Les stars ont évolué avec la société.
Pour une Brigitte Bardot de 91 ans, passée de symbole de libération féminine à un total repli sur soi, des femmes résolues défendent la diversité. « Elles n’auraient peut-être pas eu cette possibilité sans quelqu’un comme Brigitte Bardot, et peut-être que la vie de cette dernière aurait été différente si elle avait été mieux entourée », admet Mélanie Toubeau. Brigitte Bardot restera à jamais la Marianne des mairies, l’amie des animaux et une vieille dame réactionnaire : une femme de chair et de sang, avec ses failles et ses errances. Chacun est libre de choisir comment se souvenir d’elle. Toutes les mémoires seront à la fois fausses et exactes, comme il convient à une légende.

