En Grèce, fermeture des centrales au lignite : chômage et exode.
Le taux de chômage en Macédoine occidentale est de 16,5%, soit le double de la moyenne nationale qui est de 8,1%. Plus de 10.000 emplois ont déjà été perdus en Macédoine occidentale, et ce chiffre devrait atteindre 20.000 lorsque le plan de transition verte sera entièrement mis en œuvre.
Dans le nord de la Grèce, le maire de la ville de Ptolemaïda, ancien centre de production d’électricité à partir de lignite, exprime sa profonde inquiétude. Selon lui, cette ville de Macédoine occidentale et sa région environnante risquent de « se transformer en Detroit », une référence à la métropole américaine touchée par l’effondrement de l’industrie automobile. « Huit jeunes sur dix qui quittent la région pour étudier n’y reviennent jamais », souligne Panagiotis Plakentas, le maire de cette ville de plus de 31 000 habitants. « Le chômage augmente et les emplois supprimés ne sont pas remplacés », précise-t-il à l’AFP.
Actuellement, seules deux centrales au lignite sont encore en activité dans la région. L’une d’elles fermera en mai, tandis que l’autre sera convertie au gaz naturel d’ici fin 2026. Onze centrales ont déjà cessé leur activité dans cette région qui a durant des décennies été le cœur de la production d’électricité au lignite en Grèce.
La Grèce est engagée dans une vaste transition vers les énergies renouvelables. Dans ce cadre, elle a l’intention de mettre fin à la production d’électricité par combustion de lignite d’ici à 2028, le lignite étant une forme appauvrie de charbon très polluante.
À Agios Dimitrios, un petit village voisin de Ptolemaïda, trois hommes en tenue de travail apprécient leur café face aux cheminées de la centrale thermique. Ils sont conscients qu’avec sa fermeture prévue en mai, ils perdront leur emploi. « Cette ‘monoculture’ du lignite a été à la fois une bénédiction et une malédiction pour la région », déclare l’un d’eux sous couvert d’anonymat. « D’un côté, elle a donné du travail pendant des décennies à la plupart des habitants. Mais la dépendance de l’économie locale à ce secteur a été si grande qu’elle nous fait sentir qu’il n’y a pas de lendemain pour nous. »
En remplacement, la compagnie d’électricité publique, Public Power Corporation (PPC), a mis en place un programme d’investissement de plus de cinq milliards d’euros sur les trois à cinq prochaines années, visant la création de vastes parcs photovoltaïques, de centres de données à haute capacité et d’unités de stockage d’énergie.
Le président de la communauté locale, Ilias Tentsoglidis, dénonce une « dé-lignitisation violente » et affirme que les projets alternatifs de PPC ne se réalisent pas. Des terres de la région avaient été expropriées par PPC il y a plusieurs années pour l’extraction du lignite, mais les habitants souhaiteraient aujourd’hui les récupérer pour les cultiver. « Nos villages se vident et, dans la plaine la plus fertile de la région, on sème du verre et du béton », en référence aux panneaux photovoltaïques, critique M. Tentsoglidis.
La Macédoine occidentale affiche le taux de chômage le plus élevé de Grèce, avec 16,5 %, soit le double de la moyenne nationale (8,1 %), selon l’office des statistiques ELSTAT. Cette région a également enregistré le plus fort déclin démographique au cours de la dernière décennie, avec une diminution de 10,1 % de sa population.
D’après les estimations des syndicats, plus de 10 000 emplois ont déjà été perdus en Macédoine occidentale, et ce chiffre devrait atteindre 20 000 lorsque le plan de transition verte sera totalement mis en œuvre. L’exploitation du lignite, fortement polluante, a eu aussi des répercussions sur la santé des résidents de la région. Une étude publiée en décembre dans la revue scientifique internationale Atmosphere a établi un lien entre la diminution des maladies cardiovasculaires et l’amélioration de la qualité de l’air grâce à la réduction de l’activité liée au lignite dans cette région.
Un tribunal a récemment condamné la PPC à verser près de 1,5 million d’euros de dommages et intérêts pour avoir contaminé la nappe phréatique en raison d’une mauvaise gestion des cendres liées à ses activités autour de la grande ville de Kozani. « Nous buvions du poison », confie avec amertume M. Tentsoglidis. « Un matin, on nous a dit que l’eau n’était plus potable. Il ne fallait plus seulement la boire, mais également ne plus la toucher. »
Quant à l’avenir, Alexis Kokkinidis, un mécanicien de 45 ans, ressent de « l’incertitude et de la peur ». « La seule chose qui me retient ici, c’est l’attachement émotionnel », avoue ce père de deux enfants, dont le contrat se termine en mai. « Je suis né et j’ai grandi ici, mais on ne peut pas vivre de sentiments. »

