« Il faut toujours des boutons physiques » : Stellantis face à Tesla et aux marques chinoises.
Gilles Vidal, le nouveau patron du design des marques européennes de Stellantis, a déclaré : « il y aura beaucoup de tendances différentes » chez Stellantis. Il a également affirmé qu’il est préférable de « cultiver justement la différence entre les marques » pour « vivre des expériences très particulières et très différentes ».

Après avoir échangé sur le rôle de l’intelligence artificielle dans les studios de design et sur l’évolution potentielle des silhouettes des voitures électriques, nous avons approfondi notre entretien avec Gilles Vidal, le nouveau responsable du design des marques européennes de Stellantis.
Dans cette troisième et dernière partie, nous avons exploré un aspect essentiel : l’intérieur des véhicules. Face à la montée des marques chinoises et à leur penchant pour les écrans, comment se démarquer ? Existe-t-il une solution idéale alliant ergonomie et connectivité ? Pourrait-on observer de nouvelles formes d’affichage ?

Comme vous allez le voir, ce secteur est en pleine transformation. Voici ce que nous avons appris.
Une diversification selon les marques
Tesla a ouvert la voie, et les véhicules électriques chinois en ont profité : les tableaux de bord tendent à se standardiser avec un grand écran central… et peu d’autres éléments.

Devons-nous anticiper une disposition similaire chez Stellantis ? Gilles Vidal s’y oppose et prône la différenciation : bien que « l’on pourrait, à travers tout un tas de tests, définir quelle est la meilleure solution pour la majorité des gens partout dans le monde », il préfère avertir : « il y aura beaucoup de tendances différentes » chez Stellantis.
Il explique : « Plutôt que de prendre le meilleur à tout prix chez tout le monde, il est préférable de cultiver la différence entre les marques » afin de « vivre des expériences très particulières et très différentes ». Cela permettra, par exemple, de distinguer une Peugeot (« une machine à conduire ») d’une Citroën (« une machine confortable et accueillante »).

Et bien que ces « solutions différentes soient toutes très bonnes en ergonomie et en interface », certaines fonctionnalités seront mises en avant davantage que d’autres ; cette décision est prise « parce qu’il y a une priorité supérieure donnée à la différenciation d’une expérience ».
Cependant, il met en garde : « il ne faut simplement pas commettre l’erreur de concevoir quelque chose de séduisant mais inefficace sur des critères cruciaux tels que la visibilité, l’ergonomie ou la sécurité ».
Il illustre son propos avec l’exemple du Peugeot Polygon, le dernier concept-car de la marque qui met en avant le volant rectangulaire Hypersquare associé à la direction électronique (steer-by-wire).

Un concept que Gilles Vidal a découvert déjà achevé lors de sa prise de poste, mais dont il salue l’abondance « d’idées très très justes sur ce que devrait être un produit demain » et ce fameux volant (qu’il a eu l’occasion d’essayer, précisant que « c’est mieux que n’importe quelle voiture »), même s’il admet volontiers qu’il y a « plein de choses qui empêchent de réaliser des concepts aussi audacieux en production ».
Pour aller plus loin
Nous avons pris place à bord du Peugeot Polygon et avons été impressionnés par cette voiture électrique au volant révolutionnaire.
Pas de course à l’écran
Concernant l’explosion actuelle des écrans, G. Vidal se montre clair : « je ne dis pas qu’il faut plus d’écrans, et je ne dis pas qu’il faut tout intégrer dans les écrans : il faut toujours des boutons physiques permettant un accès instantané à des fonctions que l’on doit pouvoir utiliser sans regarder ».

Il est donc nécessaire de trouver un équilibre entre les fondamentaux (« il faut que ce soit moderne avec les bonnes fonctionnalités, les bonnes connectivités pour des mises à jour du système »), le souhait des clients (« beaucoup ne veulent pas autant d’écrans » que ceux visibles en Chine) et le principe de différenciation.
En tout cas, il y aura « des visions assez différentes » pour chaque marque, même si « on ne va pas avoir une course à l’armement ». Et pourquoi ne pas exploiter « l’hyperconnectivité des objets que l’on porte sur soi plutôt que d’en intégrer par défaut dans les voitures » ? Notons que Citroën propose déjà une simple pince pour smartphone dans sa C3 d’entrée de gamme, remplaçant complètement l’écran central.

Ou même aller plus loin : « personnellement, je préfère travailler sur une ergonomie encore améliorée pour le conducteur, qui reste l’élément le plus crucial d’une voiture », et imaginer « une projection dans le pare-brise avec un suivi du regard pour que l’information s’intègre au paysage en temps réel. Cela, en termes de sécurité ou de pertinence de l’information, aurait plus de sens que de projeter des films hollywoodiens partout dans le véhicule ».

