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À Bollywood, les caprices des stars ne sont pas sans risque pour l’économie du cinéma.

Les caprices des stars du cinéma indien contribuent à faire grimper les budgets des superproductions, selon Ramesh Taurani, producteur de la franchise Race. En 2024, le long-métrage « Bade Miyan Chote Miyan » a coûté 42 millions de dollars, et son échec a contraint ses producteurs à hypothéquer leurs propriétés pour couvrir les pertes.


Ils résident dans des caravanes luxueuses, savourent les plats préparés par leurs propres chefs et entourent de plus en plus d’équipes. Les caprices des stars du cinéma indien font grimper les coûts des superproductions, mettant en péril l’ensemble de l’économie de ce secteur.

Historiquement, les résultats du box-office à Bollywood sont difficiles à prédire, mais certains producteurs affirment que les flops de certains films sont davantage liés à leurs coûts qu’à leur qualité artistique. « On ne parle pas là de coûts de production, mais des cachets des stars », souligne d’emblée Ramesh Taurani, producteur de la franchise dynamique Race.

De plus en plus d’acteurs, argue-t-il avec d’autres, arrivent sur les plateaux accompagnés de maquilleurs, coiffeurs, stylistes, coaches sportifs et autres assistants, dont les services sont bien entendu facturés à la production.

« Ces équipes de plus en plus nombreuses, leurs déplacements en première classe et leur hébergement luxueux font exploser les budgets sans offrir de véritable valeur ajoutée créative », fustige le distributeur Mukesh Bhatt.

« Les exigences de ces stars sont tout simplement inacceptables », déclare-t-il. « Un seul acteur ne se déplace plus sans une escorte de 10 à 15 personnes », abonde son confrère Raj Bansal. « Autrefois, plusieurs comédiens acceptaient de partager une seule caravane. Puis on est passé à une caravane par acteur. Aujourd’hui, c’est la surenchère… » Une seule de ces roulottes de luxe peut coûter jusqu’à 18.000 dollars pour la durée d’un tournage, rappellent des spécialistes du secteur.

Les excès des acteurs commencent à susciter des préoccupations chez ceux qui gèrent les finances.

Comme dans d’autres industries, le modèle économique de Bollywood a été bouleversé par les plateformes aux budgets colossaux, avec lesquelles les distributeurs traditionnels ont du mal à rivaliser. L’émergence d’Apple TV, Netflix et autres Amazon Prime Video a également détourné une partie du public des seules productions « made in India ».

« Le comportement des spectateurs a évolué, ces plateformes leur ont ouvert de nouveaux horizons et poussé le cinéma local à améliorer sa créativité », remarque le producteur Mukesh Bhatt. « Mais les coûts de production, notamment pour les artistes, continuent d’augmenter, créant ainsi une nouvelle pression financière. Ce ne sont pas les films qui sont fragiles, mais leur équilibre économique », explique-t-il.

Acteur et réalisateur, Aamir Khan a récemment critiqué ses collègues. « Vous gagnez des dizaines de millions de roupies. Avez-vous perdu toute estime de vous? », leur a-t-il déclaré sur Youtube. Pour limiter la montée des caprices et des coûts, Mukesh Bhatt propose un nouveau partage des bénéfices et des risques.

« Une solution pourrait être de réorienter nos ressources vers ce qui constitue l’essence du cinéma, c’est-à-dire sa puissance narrative », suggère-t-il. « Lorsqu’un film rencontre le succès, tous ceux qui y ont contribué devraient en profiter. Mais quand il peine à séduire le public, le poids ne devrait pas peser uniquement sur le producteur. »

Le dernier exemple en date est la sortie prévue en 2024 du film de science-fiction « Bade Miyan Chote Miyan » (Grand Monsieur, Petit Monsieur), qui a coûté 42 millions de dollars. Son échec en salle a obligé ses producteurs à hypothéquer leurs biens pour couvrir les pertes… Cette réflexion commence à faire son chemin.

Dès 2023, l’acteur Kartik Aaryan a accepté de réduire son cachet pour la comédie « Shehzada », un film qui a déçu au box-office. « Si votre valeur ajoutée en tant que star s’ajoute à celle du projet et en bénéficie, tout va bien. Sinon, il faut être prêt à assumer une part de responsabilité. »

D’autres, plutôt que de revoir le modèle économique du secteur, penchent pour une solution plus radicale. « Si le cachet de la star et de son entourage pèse sur votre budget, alors n’embauchez plus de star », tranche l’acteur-scénariste-réalisateur Viveck Vaswani.

« J’ai réalisé 40 films avec 40 débutants et j’ai réussi. J’ai engagé Shah Rukh Khan (SRK, une grande vedette) quand plus personne ne voulait de lui, et Raveena Tandon (une autre actrice) quand elle était encore inconnue », ajoute-t-il. « Il est erroné de croire que votre acteur vedette est plus puissant que votre scénario », conclut M. Vaswani.