France

« Tout le monde me dit que c’est nul » : anniversaire de Noël.

Marie, bientôt 31 ans, est née le 25 décembre. Selon l’Insee, le 25 décembre est le jour où l’on compte le moins de naissances en France, avec environ 22 % de moins que la moyenne.


« Mes proches peuvent difficilement oublier mon anniversaire. » C’est compréhensible : Marie, qui s’apprête à fêter ses 31 ans, est née le 25 décembre, jour de Noël, qui célèbre dans la tradition chrétienne la naissance de Jésus. Bien que 46 % des Français se déclarent catholiques*, seuls 5,5 % d’entre eux sont des pratiquants réguliers. Néanmoins, Noël demeure largement célébré : 91 % des Français affirment fêter Noël et 72 % déballent leurs cadeaux le 24 ou le 25 décembre**. Ainsi, cet événement est également une occasion d’anniversaire pour certains***.

Pour ces personnes nées à la fin décembre, la double célébration engendre à la fois des avantages et des frustrations. 20 Minutes a recueilli leurs témoignages.

Le délicat sujet des cadeaux

« Tout le monde me dit que c’est nul, mais ça ne m’a jamais dérangé », déclare Pauline B., qui va avoir 22 ans, née le 24 décembre. Pour elle et Arsène, également né ce jour-là, c’est un atout. « C’est une date marquante, facile à retenir », affirment-ils, tout comme Marie. Ils rapportent souvent avoir été considérés comme un « cadeau » par leur entourage. La mère de Pauline B. ajoute : « À quelques heures près, elle est née en même temps que Jésus. Magique, non ? » Pour cette maman, le principal inconvénient sont les pâtissiers : « À cette période, ils se concentrent sur les bûches, donc il faut anticiper pour avoir un gâteau. Cela ne s’est produit qu’une fois en vingt-deux ans. »

Et en ce qui concerne les cadeaux ? « J’en ai deux fois plus », se vante Pauline B. Idem pour Marie, qui se rappelle avoir eu, enfant, « un peu plus que les autres ». Cependant, tout le monde ne vit pas cette situation de la même manière. Arsène évoque des adultes qui « faisaient des raccourcis » en offrant un seul cadeau pour les deux occasions. Ce sentiment est partagé par Laurine, née le 22, qui admet avoir « déjà fait les comptes » et se sentir « très vexée ».

Pour Pauline R., née le 18, c’était plutôt « un gros cadeau ». « D’un côté, c’est bien, mais de l’autre, il ne faut pas se tromper car sinon, tu dois attendre un an pour avoir autre chose. » C’est ce qui a toujours frustré Laurine. « Mon frère est né en été, il a donc des cadeaux tous les six mois… », s’exclame-t-elle. Arsène ressent également « être sans rien pendant un an » comme « pénible », surtout quand on est enfant, car « le temps semble beaucoup plus long ».

Des stratégies pour s’adapter

Pour éviter les regrets, certains s’organisent. Ainsi, Pauline R. et Laurine tiennent des listes tout au long de l’année, notant leurs souhaits au fil des mois. Une autre stratégie courante consiste à décaler la fête d’anniversaire pour la célébrer entre amis. En raison des repas de fin d’année au travail, des échanges de cadeaux au club de sport et des départs en vacances, il est souvent difficile pour ces Sagittaire ou Capricorne de rassembler tout le monde, surtout « dans le froid, la nuit ». « C’est une période assez chargée pour tout le monde », témoigne Marie. « Je n’ai donc jamais vraiment pu fêter mon anniversaire le jour J avec mes amis. »

Pauline B. a pris l’habitude de faire la fête « un ou deux mois après ». Pour ses 30 ans, Laurine prévoit de célébrer lors d’un long week-end… au printemps, pour « profiter de l’extérieur ». Arsène, pour sa part, a instauré sa « propre tradition » : « Je n’ai jamais fait de fête quand j’étais petit. Une fois adulte, j’ai commencé à inviter mes amis au bistrot du coin le matin du 24 pour qu’ils viennent prendre un verre avec moi avant de partir en famille. C’est devenu un rituel. »

Avoir toute sa famille pour son anniversaire

Bien que fêter son anniversaire entre amis puisse être compliqué, la plupart souligne un avantage majeur : la présence presque garantie de toute la famille. Arsène se dit « chanceux » d’être entouré chaque année. Ce ressenti a évolué avec le temps. « Il y a eu une période où je regrettais de ne jamais être le centre de l’attention. Tout le monde était là pour fêter Noël, pas vraiment pour moi. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse : je suis mal à l’aise à l’idée d’en recevoir trop. »

Du côté des parents, il existe une règle commune : il est essentiel de distinguer les deux événements. Véronique, 65 ans, mère de Louis, né le 26 décembre, est catégorique : « Il y a une pile “Noël” et une pile “anniversaire” pour les cadeaux. Le 24 et le 25, on fête Noël. Mais le 26, c’est l’anniversaire de Louis, avec le gâteau. »

Carla, la maman de Thelma, née le 22, est tout aussi vigilante. « Elle est encore petite, mais nous veillons à ce qu’elle comprenne que c’est son jour à elle. » Bien qu’elle craignait initialement que sa fille soit lésée, elle constate aujourd’hui surtout les bénéfices : « On enchaîne les festivités entre le 22, Noël et le Nouvel An. Plutôt qu’une folie en un jour, c’est une semaine entière de fêtes. »

La mère de Laurine a ressenti quelque chose de similaire. « J’étais un peu déçue pour elle, avec la peur que vivre deux fêtes rapprochées soit moins bien », se rappelle-t-elle. Au final, Laurine a toujours eu « de super fêtes d’anniversaire » grâce à l’« imagination » de sa mère.

Finalement, ce n’est pas si mal

Avec le recul, beaucoup relativisent. Certains estiment même que d’autres dates seraient pires, comme le 31 décembre ou le 1er janvier. « Impossible d’être dissocié de la nouvelle année », affirme Laurine.

Une amie de Pauline R., née le 30 décembre, lui a dit que c’était « horrible ». « Tu es “entre deux”, raconte-t-elle. Après Noël, toute la magie retombe et on passe à autre chose avant de se concentrer sur le Nouvel An. » Les deux femmes se disent « bien contentes » finalement d’être nées avant Noël… même si elles ne souhaitent pas cela à leur futur enfant.

« Il y a pire difficulté dans la vie, mais ayant vécu cela, je sais que ce n’est pas très agréable. De plus, en plus de la concurrence avec Jésus, il faut partager cette date… avec moi ! », conclut Arsène en souriant.

Selon l’Insee, le 25 décembre est le jour où l’on dénombre le moins de naissances en France, avec environ 22 % de moins que la moyenne.