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Algérie – Soudan : Le Maroc, ami ou hostile des Fennecs ?

Le stade Moulay El Hassan de Rabat accueillera l’entrée en lice de l’Algérie face au Soudan ce mercredi, avec toutes les 22.000 places vendues en moins de quarante-huit heures. Les tensions entre le Maroc et l’Algérie proviennent principalement du Sahara occidental, un territoire contesté, et des relations politiques entre les deux pays semblent s’être apaisées récemment.

Ne cherchez pas, il ne devrait pas y avoir une seule place libre au stade Moulay El Hassan de Rabat ce mercredi, pour le premier match de l’Algérie contre le Soudan. Il en sera de même pour les deux autres rencontres de poule des Fennecs face au Burkina Faso et à la Guinée Équatoriale. Les 22 000 places de l’un des deux stades de la capitale marocaine, qui accueille la Coupe d’Afrique des nations, ont toutes été vendues en moins de quarante-huit heures.

La sélection algérienne suscite une attente immense, non seulement parmi les supporters de Baghdad Bounedjah et Riyad Mahrez, mais aussi chez leurs hôtes marocains. « Les Marocains aiment le football, ils adorent voir des joueurs comme Mahrez », explique Omar Chraibi, journaliste indépendant marocain qui couvre la CAN. « Au Maroc, il existe une véritable culture footballistique. Le 8 septembre, j’étais à Casablanca pour le match délocalisé Guinée-Algérie. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner : des supporters cherchaient des billets pour suivre la rencontre depuis la tribune où se trouvaient les Algériens. »

« Il y a quand même une petite rivalité »

Les Marocains soutiennent-ils les Algériens ? Il ne faut pas exagérer, même si des drapeaux algériens et marocains ont été vus côte à côte lors de l’épopée d’Achraf Hakimi et ses coéquipiers à la Coupe du monde 2022 au Qatar. Ou certains fans des Lions de l’Atlas qui ont soutenu les Fennecs lors de la CAN 2019 en Égypte, remportée après près de vingt ans sans victoire.

« Il y a quand même cette petite rivalité qui fait qu’on souhaite toujours que le pays adverse ne passe pas, aussi parce que cela élimine un adversaire difficile », assure Mehdi Mostefa, ancien international algérien. « Les supporters marocains présents dans les stades pour les matchs de l’Algérie encourageront peut-être un peu plus l’adversaire, mais ce n’est même pas sûr. De là à vraiment soutenir le Burkina Faso ou le Soudan, je ne pense pas. »

Des supporteurs algériens lors de la Coupe Arabe au Qatar.
Des supporteurs algériens lors de la Coupe Arabe au Qatar. - Ranjith Kumar/ZUMA/SIPA

L’ancien milieu de terrain d’Ajaccio et Bastia en sait quelque chose. Il a disputé l’un des derniers matches entre les deux pays, en 2011, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2012. Après avoir battu le Maroc 1-0 à Annaba, les Fennecs avaient perdu 4-0 à Marrakech, dans une ambiance très vive. « Oui, il y avait du bruit, mais ça n’a quand même jamais égalé ce que j’ai pu vivre en Algérie », plaisante Mostefa.

« Il n’y a pas de véritable tournoi sans rivalité, sans chambrage bon enfant. En Afrique du Nord, on est habitués à ce folklore. »

Le Sahara occidental au cœur des tensions

Cependant, cette dynamique pourrait être perturbée par des enjeux politiques. Bien que Faouzi Lekjaa, le président de la Fédération marocaine de football, ait assuré que la sélection algérienne et ses supporters seraient bien accueillis au Maroc, il a également accusé son voisin d’être à l’origine d’un appel au boycott de la CAN, lors d’un discours prononcé à la Commission des finances de la chambre des représentants :

« Ce concurrent s’efforce de montrer que nous ne sommes pas capables d’organiser la CAN 2025. Cela a commencé par un véritable complot autour des chiens errants, du retard dans la construction des stades… Et même lorsque nous avons inauguré le complexe Prince Moulay Abdellah de Rabat, ils ont prétendu qu’il s’agissait de photos retouchées. Qu’a fait Achraf Hakimi pour mériter un boycott ? »

Les tensions entre les deux pays proviennent principalement de la question du Sahara occidental, un vaste territoire contrôlé en grande partie par le Maroc mais revendiqué par les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. En 2023, les maillots du club marocain du RS Berkane, qui comprenaient une carte intégrant le Sahara occidental, avaient même été confisqués par la douane algérienne alors qu’ils devaient affronter l’USM Alger.

Vers des relations apaisées ?

Bien que l’inscription du caftan marocain au patrimoine immatériel de l’Unesco le 10 décembre ait encore suscité des débats animés entre les deux pays, qui revendiquent chacun son origine, les tensions semblent s’apaiser quelque peu. La Coupe d’Afrique des nations pourrait jouer un rôle de médiateur.

« Tout le monde sait qu’il existe des tensions politiques entre Rabat et Alger », développe Omar Chraibi. « Mais le 31 octobre, après l’adoption à l’unanimité de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du Sahara, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a exprimé sa volonté d’inviter le président algérien Abdelmadjid Tebboune à un dialogue sincère et fraternel. Le Maroc souhaite ouvrir une nouvelle page, fondée sur la confiance, la fraternité et le bon voisinage. »

Cependant, cette harmonie pourrait prendre fin si les deux nations s’affrontent lors des matches à élimination directe de cette CAN. Encore plus s’ils se retrouvent en finale. « C’est certain que voir l’Algérie s’imposer dans une Coupe d’Afrique au Maroc aurait une saveur particulière », rêve Mehdi Mostefa.

« Ça peut être une belle finale Maroc-Algérie, mais je veux qu’on la gagne », résumait l’ancien attaquant marocain Marouane Chamakh sur la chaîne YouTube Kampo. « Je veux un super parcours pour l’Algérie, mais je veux les battre, en quart, en demie… Il y a toujours de la rivalité, mais on a grandi ensemble, on a les mêmes problèmes, nous sommes comme des frères. »