Belgique

Pourquoi tant d’enfants ne sont-ils pas à la rue en Belgique ?

Le gouvernement Arizona a décidé cet été que les personnes ayant déjà obtenu un statut de réfugié ailleurs en Europe ne devaient plus forcément être aidées matériellement et hébergées en Belgique lorsqu’elles entament une demande d’asile chez nous. En 2025, 6000 personnes en famille ont ainsi été refusées par le Samusocial, en raison de la saturation des lits dans les centres d’hébergement d’urgence à Bruxelles.


Le gouvernement belge a pris une décision cet été, stipulant que les personnes ayant déjà obtenu le statut de réfugié dans un autre pays européen ne devront plus nécessairement bénéficier d’une aide matérielle et d’hébergement en Belgique lors de leur demande d’asile. Cette mesure exclut un grand nombre de personnes en procédure d’asile et prive de nombreuses familles d’un logement.

Il convient de rappeler que, selon le règlement de Dublin, les familles migrantes doivent faire leur demande d’asile dans le premier pays européen d’accueil. La plupart des migrants effectuent leur demande d’asile en Grèce, où un statut de réfugié n’ouvre presque aucun droit. Beaucoup de familles décident alors de poursuivre leur chemin vers d’autres pays européens en espérant de meilleures conditions. « Ce qu’elles continuent de fuir, c’est le fait qu’elles ne parviennent pas à survivre. C’est bien beau d’avoir une petite médaille de statut de réfugié à coller sur son costume, mais on ne parvient pas à faire scolariser les enfants, on ne parvient pas à obtenir un logement, à obtenir un travail ou à obtenir une aide sociale, à défaut d’avoir ses propres revenus. Et quand on n’a aucun moyen de subsistance, c’est un danger pour sa vie aussi, » explique Sotieta Ngo.

### Des centres d’accueil saturés à Bruxelles : pourquoi autant de familles sans-abri ?

Les migrants qui n’ont plus accès à l’accueil à leur arrivée en Belgique se retrouvent souvent à la rue. Ils peuvent demander une place dans un centre d’hébergement d’urgence. Certains sont spécifiquement dédiés aux familles et incluent un encadrement pour les enfants. Le Samusocial en gère trois à Bruxelles, mais les places sont toutes occupées. Chaque semaine, il doit donc refuser des familles qui, n’ayant pas d’autre solution, passent souvent la nuit dans un parc ou sur un trottoir. En 2025, 6000 personnes en famille ont été refusées.

Les raisons qui poussent une famille à se retrouver à la rue sont multiples : perte d’emploi, incapacité à payer le loyer, sinistres, etc. Toutefois, dans la plupart des cas, cette précarité est directement liée à la politique migratoire belge. En effet, 70 % des personnes hébergées par le Samusocial rencontrent des problèmes de droit de séjour.

### De l’accueil au retour : le flou entretenu par la Belgique

La ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, a essayé de trouver des places d’hébergement pour ces familles à l’approche de l’hiver. Cependant, ces places ont été trouvées… dans un centre de retour près de l’aéroport de Zaventem, un lieu habituellement destiné à l’enfermement des migrants expulsés de force ou des personnes qui attendent leur retour. Sans surprise, aucune famille ne s’y présente, craignant d’être expulsée.

La directrice du Ciré qualifie cette décision de manœuvre délibérée pour laisser ces familles à la rue. Face à un public qui parle peu français et ayant déjà subi un parcours de précarité, la Belgique entretient un flou sur la situation : est-ce que l’hébergement dans ces centres permet d’attendre l’avancement d’une procédure d’asile ou s’agit-il d’une invitation au retour ailleurs qu’en Belgique ? « Une information correcte pourrait probablement mener à ce que d’autres familles se mettent à l’abri dans ce centre d’accueil. Mais en fait, quand on veut assumer une politique migratoire la plus stricte, il faut dissuader au maximum en disant : vous pouvez rester, mais pour préparer votre retour. Et tant qu’on ne dit pas : vous pouvez rester, vous êtes légitimes à rester, et on va respecter vos droits pendant ce temps-là, il y a un problème de confiance envers les autorités belges, » explique Sotieta Ngo.

### La double peine pour les femmes : perdre son séjour ou rester sous les coups

30 % des femmes hébergées au Samusocial ont fui des situations de violence conjugale. Dans le cadre d’un parcours migratoire, sortir de cette emprise a des conséquences directes sur le permis de séjour. En effet, beaucoup de ces femmes bénéficient d’un droit de séjour par le biais d’un regroupement familial. En quittant leur domicile, elles risquent de perdre ce titre de séjour car, durant les premières années, elles ne peuvent se séparer de leur conjoint qui leur a permis d’obtenir ce droit. Lorsque la situation de séjour devient précaire, ces femmes hésitent également à contacter la police, alors même qu’elles devraient porter plainte pour violences conjugales.

Ces femmes accumulent donc les vulnérabilités. En plus de se retrouver sans logement, souvent sans revenus et traumatisées par la violence, elles risquent également de devenir sans papiers.

**► Découvrez un reportage au centre d’hébergement d’urgence d’Evere dans le podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.**