France

En Savoie, choix de ne pas vivre avec la dermatose nodulaire.

Le 29 juin dernier, la Savoie devenait le premier territoire touché par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un virus bovin extrêmement contagieux. Depuis l’automne, plus aucun cas n’a été détecté dans les deux Savoie.


Le 29 juin dernier, la Savoie est devenue le premier territoire français touché par une maladie jusque-là inconnue : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un virus bovin très contagieux. Face à cette menace sanitaire, les autorités et le monde agricole ont activé une réponse d’urgence, fondée sur le droit européen : abattre tout le troupeau contaminé.

Quelles sont les conséquences ? Depuis l’automne, aucun cas n’a été détecté dans les deux Savoie. Cette stratégie, qualifiée de « radicale », est jugée « efficace » alors que d’autres régions sont désormais confrontées à cette crise.

### Des vaches parfois asymptomatiques

Cédric Laboret, président de la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, se souvient du premier cas confirmé. « On m’a appelé un dimanche à 15 heures. Ça a été violent… On ne s’y attendait pas. Très vite, il a fallu l’annoncer à l’éleveur. » La réponse imposée par la réglementation européenne est claire : tout le troupeau contaminé doit être abattu, même si une seule vache est infectée. Cette décision, lourde et parfois incomprise, est absorbée par les professionnels, car il n’existe pas d’alternative.

« Ce qui est terrible, c’est que certaines bêtes ont de la fièvre et des nodules sur la peau, mais d’autres sont totalement asymptomatiques », précise Cédric Laboret. « On est incapable de savoir lesquelles sont saines. C’est pour cela que le dépeuplement est nécessaire et qu’on a écarté l’abattage partiel. Si on avait eu une autre solution, on l’aurait prise. Personne n’aime tuer ses animaux. »

Pour accompagner les éleveurs dans cette épreuve douloureuse, la chambre d’agriculture a mis en place un réseau appelé « agir ». Les éleveurs ont ainsi pu bénéficier d’un soutien, allant de l’annonce de la situation jusqu’aux démarches administratives. « Plus de 80 % des agriculteurs concernés ont fait appel au psychologue de la MSA », insiste-t-il. « Pour eux, ce n’est pas anecdotique, ils s’en souviendront toute leur vie. »

### « On a respecté les consignes »

Dès l’apparition des premiers cas, trois mesures ont été mises en œuvre : interdiction de déplacements, abattage et vaccination massive. « La DNC est une maladie sournoise, avec une longue période d’incubation », rappelle Bernard Mogenet, président de la FDSEA des Savoie. « Mais en suivant la réglementation et les retours des spécialistes, notamment grâce à l’expérience des Balkans, on a arrêté la maladie en deux mois [le dernier abattage a eu lieu le 29 août]. Pour y parvenir, nous avons bien compris que les trois piliers devaient fonctionner ensemble. On a respecté les consignes. »

Cependant, la mise en place du protocole n’a pas fait l’unanimité au départ. Sur les 59 éleveurs touchés, pour 77 lots, trois blocages ont eu lieu, mais ont été rapidement levés. « Le sanitaire n’est pas une opinion politique. Chaque éleveur a une responsabilité vis-à-vis des autres. Chez nous, les éleveurs ont fait la part des choses », assure Bernard Mogenet.

### Une vaccination intensive et le repeuplement

En parallèle des restrictions, qui ont été levées après 45 jours sans nouveaux cas, la campagne de vaccination a été réalisée à un rythme soutenu : sept jours sur sept, avec plus de 250 vétérinaires mobilisés, atteignant parfois jusqu’à 1 000 vaches vaccinées par jour dans les alpages. En trois semaines, 80 % du cheptel était vacciné, affirment les professionnels.

Les chiffres viennent corroborer cette efficacité. Dans la première zone réglementée (les Savoie, une partie de l’Ain et de l’Isère), qui regroupe plus de 300 000 bovins, moins de 1 800 animaux ont été abattus, soit 0,7 % du cheptel. « Si on avait laissé faire, avec une mortalité estimée à 10 %, on aurait perdu 30 000 bêtes », souligne Bertrand Mogenet.

La « force collective » est également l’une des raisons de ce « succès ». Toutes les organisations du métier se sont « mises en ordre de marche » pour « le repeuplement ». « On a essayé de retrouver des animaux pour les éleveurs touchés tout en maîtrisant les prix », reprend Cédric Laboret, de la chambre d’agriculture. « Aujourd’hui, 90 % d’entre eux sont repartis grâce à un véritable élan de solidarité. L’ensemble du monde agricole a tenu à jouer le jeu pour remercier ces éleveurs. Dans un sens, ils ont abattu leur troupeau pour protéger les leurs. »

### « Personne ne souhaite vivre ça »

Julien Curtil, président des Jeunes agriculteurs 73, se remémore une « réalité insoutenable ». « On a vu des vaches qui venaient d’être euthanasiées se disloquer, pourries vivantes », raconte-t-il. Il ajoute : « C’est quelque chose qu’on ne souhaite à personne, même pas à son pire ennemi. Mais cette stratégie a prouvé qu’elle permettait le moins de casse. Ce n’est pas pour autant qu’on estime que c’est une bonne solution. » « Dans nos Savoie, nos systèmes coopératifs allaient tous dans le même sens, observe-t-il. Ailleurs, ce sont nos opposants qui sont majoritaires, et qui ont des discours différents. »

### Notre dossier sur la dermatose nodulaire

« Le plus important dans l’histoire, c’est le sérieux des éleveurs », reprend encore Cédric Laboret. « Collectivement, il faut faire ce choix-là. Nous, dans les Savoie, on a choisi de dire, ‘non, on ne vivra pas avec la maladie’. » Il exprime l’espoir que les « collègues du Sud-Ouest en feront de même. » « Parce que la grande crainte des éleveurs, c’est d’avoir fait tous ces efforts pour finalement vivre avec la DNC », affirme-t-il.

Ce sentiment est partagé par le président des JA 73. « Certains se sentent coupables d’avoir vu la maladie se propager ailleurs », dit-il. « Mais ils sont aussi déçus de voir le déchirement du monde agricole. » Il conclut : « Le pire est derrière nous, mais il faut continuer de travailler ensemble, tout en ayant un plan de vaccination plus large, pour éviter que cela ne revienne. Personne ne veut revivre une deuxième édition. »