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Test du Framework Desktop : ne commandez pas sans avoir lu cet article

1. Le Framework Desktop est un PC compact de 4,5 litres proposant un processeur AMD Ryzen AI Max+ 395 avec 16 cœurs et 32 threads, ainsi qu’une RAM de 128 Go LPDDR5x-8000.

2. Le prix de la configuration testée s’élève à 2 329 €, tandis que le modèle d’entrée de gamme commence à 1 279 €.

La tendance actuelle privilégie le « toujours plus petit », mais rare sont les modèles orientés vers une meilleure réparabilité. Le Framework Desktop se présente comme une nouveauté dans un secteur saturé de mini-PC chinois et de grandes tours.

Framework relève ici un défi : adapter sa conception de PC portable modulaire dans un format cube de 4,5 litres. Sur le papier, cela équivaut à une promesse de performance, évolutivité et durabilité, évitant l’obsolescence rapide.

Ce produit intrigue, mais il soulève aussi des contradictions qui pourraient agacer. Avec une architecture AMD Strix Halo inédite et un coût élevé (plus de 2300 € pour notre configuration de test), le verdict doit être clair. Ce produit représente-t-il l’avenir du PC de bureau ou s’agit-il d’un gadget de luxe pour développeurs désireux de bonne conscience ?

Framework Desktop Fiche technique

Caractéristique Framework Desktop (Max+ 395)
Processeur AMD Ryzen AI Max+ 395 (16 cœurs / 32 threads, jusqu’à 5.1 GHz)
GPU Radeon 8060S (40 cœurs graphiques)
RAM 128 Go LPDDR5x-8000 (unifiée et soudée)
Stockage 2 To WD_BLACK SN850X NVMe (PCIe 4.0)
Connectivité Réseau Ethernet 2.5GbE, Wi-Fi 7, Bluetooth 5.4
Ports (arrière fixe) 2x USB4, 1x HDMI 2.1, 2x DP 2.1, Audio Jack, Ethernet
Ports (modulaires) 2 slots pour cartes d’extension Framework (USB-A, C, stockage, etc.)
Alimentation 400W Flex ATX (Gold)
Dimensions / Volume 4,5 Litres (Compact)
Prix config testée 2 329 €

L’exemplaire de ce test nous a été prêté par Framework.

Framework Desktop Déballage, mise en place, etc.

L’expérience de déballage chez Framework évoque celle de recevoir un meuble IKEA, surtout si vous avez opté pour l’option DIY. Tout est compartimenté, étiqueté, réfléchi. On ne sort pas un PC prêt à l’emploi, mais un projet à réaliser. Le châssis est présent, mais il demande un peu de travail. Cette démarche est gratifiante, car on se sent impliqué avant même l’allumage.

Cette approche est valable pour les PC portables, mais un peu moins pour le Desktop, car la puce AMD utilisée est particulière.

Installer le SSD est extrêmement simple. Il suffit de retirer le panneau latéral (maintenu par des vis captives, un point pratique), de trouver le port M.2, de visser. C’est fait. Notre modèle de test est équipé d’un WD Black SN850X de 2 To, performant et il y a place pour un second SSD.

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J’ai finalement intégré un WD Black SN850X de 2 To, le Crucial étant incompatible (ici en Gen5, pas adapté à cette plateforme)

Vient ensuite un point discutable : les accessoires. Pour personnaliser la façade, il faut débourser. Les « Tuiles » (Tiles) sont ces petits carrés en plastique qui se clipsent à l’avant. C’est esthétique et permet un look rétro ou coloré, certaines pouvant même être imprimées en 3D. Mais sans achat, la façade est très sobre.

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Par ailleurs, il est préférable d’éviter de couvrir entièrement la façade avec des tuiles pleines, car cela limiterait l’apport d’air frais et pourrait détériorer la température interne. Il vaut mieux privilégier les tuiles perforées pour assurer un bon refroidissement.

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Le montage du ventilateur (un Noctua dans notre kit, optionnel dans la version de base mais inclus ici) s’effectue en deux étapes simples. Framework a conçu un guide d’air (duct) pour assurer un flux optimal.

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Il se dégage une impression que le flux d’air a été soigneusement étudié pour traverser le boîtier de manière efficace.

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Le câble d’alimentation n’est pas forcément inclus selon les configurations. Vous devrez cocher une option et payer entre 5 et 10 euros pour un câble standard C13. Cela dépasse même le niveau d’Apple qui a éliminé le chargeur des emballages. Bien que cela soit justifié par des raisons écologiques, on peut légitimement s’énerver lorsqu’on déballe un dispositif à 2000 € qui ne peut être allumé sans nouvel achat.

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L’intérieur est très agencé. L’alimentation Flex ATX de 400W se trouve en bas, avec une ventilation indépendante. C’est un format standard, remplaçable si besoin. C’est la force de Framework : si l’alimentation tombe en panne dans 5 ans, vous pouvez en acheter une autre n’importe où.

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Un slot PCIe x4 est également disponible pour une carte d’extension (carte d’acquisition, réseau, stockage, etc.).

Installer le PC sur un bureau est immédiat. C’est compact. Réellement petit. Cela libère une place considérable comparé à une tour traditionnelle. On peut le positionner de manière verticale, horizontale (ce qui est préférable pour le refroidissement), ou le cacher derrière un écran.

Le montage prend 15 minutes, café compris. On a assemblé « son » PC et on connaît ses composants. En cas de problème de chaleur ou de bruit, nous saurons la vis à tourner.

Framework Desktop Design et connectiques

Sur le plan esthétique, le Framework Desktop divide. Avec ses panneaux latéraux transparents (optionnels, sinon noir opaque), on voit tout. Les composants internes, la ventilation, les câbles bien agencés. Ça dégage un aspect brut et fonctionnel.

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Est-ce un PC « woke » ? À vous de débattre dans les commentaires

La qualité de fabrication est satisfaisante. Bien que constitué de plastique et de métal, ça ne craque pas. L’assemblage est soigné. Les aimants de la façade avant maintiennent bien, peut-être même trop. On sent que ça a été conçu durablement, plutôt que pour briller dans une vitrine.

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La connectique à l’arrière, bien que fixe, est plutôt généreuse pour la taille du PC. Deux ports USB4 (40 Gbps, format USB-C) permettent de relier des docks, des écrans, ou même des eGPU (bien que l’intérêt soit limité, des tests l’ont confirmé).

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L’Ethernet 2.5 Gb est un bon standard, mais notre modèle atteint 5 Gb grâce à un module spécifique. C’est peu commun et avantageux pour ceux avec un NAS rapide ou la fibre 10 Gb. Cela rend le transfert de fichiers volumineux très rapide. Deux DisplayPort 2.1 et un HDMI 2.1 sont également présents. On peut ainsi relier plusieurs écrans.

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Mais le véritable atout se trouve à l’avant : les modules d’extension. Deux slots sont disponibles en bas. Vous souhaitez un port HDMI ? Insérez un module. Du DisplayPort ? Pas de problème. Un lecteur microSD ? Tout à fait. Un USB-A pour votre ancienne clé ? C’est possible.

C’est un avantage considérable, car cela rend le PC « immortel » face aux évolutions des standards. Si un jour l’USB-Z est introduit, il suffira de remplacer le petit module à 10 €, et non de changer l’ordinateur entier. Cette flexibilité n’est pas si facilement acquise dans des tours conventionnelles.

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Le bouton d’allumage est simple, peut-être trop. Il se fond dans le design. Un indicateur LED signale si l’appareil est allumé. C’est sobre, sans éclairages RGB clignotants par défaut, ni décorations excessives.

La gestion des câbles est ingénieuse. L’alimentation se connecte à l’arrière via un connecteur coudé interne, minimisant l’espace occupé. Ce détail montre l’attention apportée à la conception du Desktop.

Le panneau latéral transparent en acrylique attire la poussière et les rayures. Prudence lors de son transport. Le choix du plastique au lieu du verre trempé se justifie par sa légèreté, mais tactilement, cela semble moins raffiné qu’un métal brossé.

La ventilation est conçue pour aspirer sur le côté et rejeter l’air à plusieurs endroits. Cela constitue un inconvénient pour le format compact. Il est impératif de laisser de l’espace autour de l’appareil. Évitez de le placer dans un espace confiné, où il pourrait surchauffer.

En somme, le design est entièrement tourné vers la fonctionnalité. Ce n’est pas une machine à exhiber (excepté peut-être à des amis passionnés de technologie), mais une machine à utiliser. La connectique modulaire représente l’argument principal qui compense un style un peu « prototype ».

Framework Desktop Performances

Entrons dans le vif du sujet : l’architecture AMD Strix Halo. Ce Ryzen AI Max+ 395 est véritablement puissant. Avec ses 16 cœurs Zen 5 et 32 threads, il rivalise avec le Ryzen 9 9950X desktop tout en limitant la consommation d’énergie. Dans des tâches CPU intensives (compilation, rendu, compression), la performance est à la hauteur. La différence avec une tour classique, même trois fois plus grosse, est imperceptible.

Le volet graphique est géré par le Radeon 8060S, avec 40 unités de calcul. Bien que ce soit un GPU intégré, ses performances surpassent certaines configurations de consoles modernes. Ce GPU partage la mémoire système, et avec 128 Go de RAM ultra-rapide unifiée, il possède de la bande passante suffisante pour ses exigences.

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Les résultats du Minisforum MS-S1 Max et de nos propres tests du Framework Desktop soulignent des différences fascinantes entre deux systèmes utilisant le même moteur.

Benchmark Framework Desktop (Nos mesures) Minisforum MS-S1 Max (Nos mesures) Vainqueur
Cinebench 2024 (Multi) 1 834 pts 1 795 pts Framework (+2 %)
Cinebench 2024 (Single) 114 pts 114 pts Égalité Parfaite
Geekbench 6 (Multi) 17 559 pts 21 431 pts Minisforum (+22 %)
Geekbench 6 (Single) 2 947 pts 2 867 pts Framework (+3 %)
3DMark Steel Nomad 2 163 pts (21,64 FPS) 2 118 pts (21,19 FPS) Framework (+2 %)
Bruit (En charge) 43,4 dB 41,8 dB Minisforum (-1,6 dB)

Sur Geekbench 6, le Minisforum s’impose avec 21 431 points contre 17 559 pour le Framework. Le MS-S1 Max adopte une stratégie agressive en « burst », déployant une puissance élevée sur de courtes périodes.

À l’inverse, sur Cinebench 2024, lorsque le rendu nécessite une charge prolongée sur les cœurs, le Framework passe devant (1 834 pts contre 1 795 pts). Cela témoigne de l’efficacité du refroidissement du Framework, qui encaisse mieux une charge continue. Alors que le Minisforum semble réguler sa fréquence après un effort intense, le Framework maintient ses performances sur le long terme.

Malgré un profil énergétique plus modéré lors des pics de puissance, le Framework émet plus de bruit de 1,6 dB (43,4 dB contre 41,8 dB) que son concurrent.

Le souffle est bien présent lors des charges élevées, mais se situe dans une tonalité grave, moins désagréable qu’un sifflement de PC portable.

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Quant à l’alimentation Flex ATX de 400W, elle possède son propre petit ventilateur de 40 mm, qui génère un sifflement aigu (« coil whine » ou bruit de turbine) parfois perturbant dans un environnement très calme.

En usage ludique, que donnerait le tout ? Sur Cyberpunk 2077 en 1080p, on atteint les 60 FPS avec des réglages élevés sans Ray Tracing. En 1440p, il est nécessaire d’activer le FSR (l’upscaling d’AMD). L’expérience reste fluide et impressionnante pour un iGPU, équivalente à celle d’une RTX 4060 Laptop (voire légèrement mieux pour les jeux optimisés AMD).

En matière d’e-sport (CS2, Valorant, Overwatch), les performances sont au rendez-vous. On atteint les taux de rafraîchissement de 144 ou 240 Hz sans problème. La machine tient le choc, profitant de la puissance CPU.

La structure Strix Halo permet une gestion unifiée de la mémoire. C’est ici que Framework marque des points. Vous pouvez allouer jusqu’à 96 Go de RAM directement au GPU. Aucune carte graphique grand public (même la RTX 4090 à 2000 €) n’offre autant de VRAM.

Pour aller plus loin
Comment installer un modèle LLM type ChatGPT sur PC ou Mac en local ? Voici le guide ultime pour tous

Là où l’IA entre en jeu. Faire fonctionner un LLM (Large Language Model) comme Llama 3 70B en local ? Sur une RTX 4090, cela pose problème (24 Go VRAM). Avec le Framework, c’est aisé. Pour les développeurs d’IA, c’est une alternative viable où une station de travail traditionnelle coûterait 10 000 €.

Cependant, le Framework Desktop ne permet pas d’intégrer une vraie carte graphique dédiée interne. Vous restez lié au Radeon 8060S. Si dans trois ans, cette technologie est dépassée, le PC entier sera obsolète pour les jeux AAA.

On évoque souvent le jeu et l’IA, mais le Framework Desktop est aussi un excellent PC de salon (HTPC). Grâce à son moteur RDNA 3.5 et à son port HDMI 2.1, il prend en charge le décodage AV1 en 8K sans accrocs. C’est techniquement une box TV ultime, bien que légèrement bruyante. Vous pouvez également en faire une Steam Machine de luxe.

La consommation électrique varie énormément, tant qu’à la prise, on tire entre 10 et 150 Watts au maximum. Comparé à une tour classique, c’est dérisoire.

Pour conclure sur le « Neural Engine » (NPU) d’AMD. Il est bien présent, apportant des améliorations pour les effets webcam et certaines tâches Windows, mais actuellement, c’est la VRAM ample et le GPU brut qui réalisent le gros du travail en IA locale, pas encore le NPU.

Framework Desktop Logiciel et OS

Framework n’impose rien, pas même l’OS si vous choisissez l’édition DIY. Mais si vous optez pour Windows 11, c’est soigné.

Sur Linux, la différence se fait sentir. Framework jouit d’une large communauté et offre une documentation complète. Alors que le Minisforum peine avec ses puces réseau Realtek 10 GbE (des soucis pour la reconnaissance sous Debian ou Proxmox, comme observé dans les tests), le Framework s’appuie sur des composants plus standards ou mieux supportés. Pour un homelab ou une machine de développement, c’est un bel atout : ça fonctionne immédiatement.

L’allocation de la VRAM se fait facilement dans le BIOS. C’est simple, mais crucial pour l’IA. Vous pouvez dédier jusqu’à 96 Go à la partie graphique. C’est ici que la performance se révèle.

Framework Desktop Prix

Framework propose son offre en trois niveaux, mais attention : la mémoire unifiée est soudée, rendant votre choix initial définitif pour la durée de vie de la machine. Le modèle d’entrée de gamme à 1 279 € (Max 385) semble séduisant, mais ses 32 Go de RAM partagée et son CPU limité (8 cœurs au lieu de 16) risquent de vaciller rapidement, ce qui fait du modèle intermédiaire à 1 859 € (Max+ 395) le véritable choix rationnel avec 64 Go de RAM et une puce graphique performante pour les créateurs et les joueurs.

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Le modèle haut de gamme que nous avons testé atteint 2 329 €, imposant une « taxe IA » de 470 € uniquement pour passer de 64 à 128 Go de RAM, le processeur et le GPU restant strictement identiques au milieu de gamme.

Ce surcoût peut paraître superflu pour le jeu, mais il devient une aubaine pour les développeurs d’IA locale, car aucune autre station de travail ou Mac ne permet de charger des modèles massifs (LLM) à ce prix.

Framework Desktop Alternatives

Le Framework Desktop n’est pas isolé sur son marché. Si l’idée d’un cube puissant vous attire, voici trois options : une copie chinoise, l’efficacité d’Apple, ou des choix coûteux.

Le concurrent direct : Minisforum MS-S1 Max

C’est son jumeau maléfique, intégrant le même processeur (Ryzen AI Max+ 395) et 128 Go de mémoire unifiée.

  • Pourquoi le choisir ? Pour sa connectivité réseau native. Avec deux ports 10 GbE et de l’USB4 V2 à 80 Gbps, il excelle en transfert de données vers un NAS. Il est également légèrement plus silencieux en charge (-1,6 dB) grâce à un boîtier plus spacieux.
  • Pourquoi l’éviter ? Son coût (2 599 €, soit environ 270 € de plus que le Framework) et son support logiciel aléatoire (les puces réseau Realtek sont un cauchemar sous Linux/Proxmox) et l’absence de modularité des ports en façade. Autre point essentiel : la communauté sera moins active que celle du Framework Desktop.

L’option « Grand Public » : Mac mini M4 (et M4 Pro)

Si l’IA locale ou Linux ne sont pas vos priorités, c’est l’alternative rationnelle.

  • Pourquoi le choisir ? Le rapport performance/efficacité/quietude est inégalé. Pour le montage vidéo (Final Cut) ou la photographie, un Mac mini M4 Pro est très optimisé. Sa finition est impeccable et il garde une bonne valeur de revente.
  • Le piège : le plafond de la RAM. Le M4 Pro est limité à 64 Go de mémoire unifiée. Pour charger un modèle de langage (LLM) de 120 milliards de paramètres, cela devient impossible : ça ne tiendra pas. Le Framework avec 128 Go a ici un net avantage technique.

L’option « Luxe » : Mac Studio (M3 ou M4)

Cette machine Apple est la seule à rivaliser sur la mémoire pour l’IA.

  • Le duel : Pour obtenir 128 Go (ou plus) de mémoire unifiée chez Apple, il faut se tourner vers un Mac Studio M3 Ultra ou M4 Ultra, des machines plus stables et mieux finies… mais qui coûtent plus de 6 000 €.