Attaque à Sydney : Un attentat inédit par un père et son fils.
L’attentat antisémite qui a eu lieu dimanche à Sydney a fait au moins 15 victimes, âgées de 10 à 87 ans, et a blessé une quarantaine d’autres personnes. Les assaillants, Sajid et Naveed Akram, étaient un père et son fils, âgés de 50 et 24 ans, un fait « très rare » selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme.
L’attentat antisémite survenu dimanche en Australie a profondément choqué la planète. Son bilan est particulièrement lourd : au moins 15 personnes, âgées de 10 à 87 ans, ont perdu la vie sur la célèbre plage de Bondi, à Sydney. Environ quarante autres ont été blessées. Ces victimes s’étaient réunies pour célébrer la fête juive de Hanouka. Cette attaque terroriste est d’autant plus frappante que les deux assaillants étaient un père et son fils, Sajid et Naveed Akram, âgés de 50 et 24 ans.
Cela représente une situation presque inédite dans l’histoire du terrorisme international. « C’est très rare. Je n’ai pas souvenir qu’un père et son fils aient déjà commis un attentat, même si on a vu des parents radicalisés partir en Irak et en Syrie avec leurs enfants », observe Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme.
Cependant, cet expert souligne que des attaques ont déjà été menées ou projetées par des frères. Il cite les exemples des frères Kouachi, responsables de l’attentat de 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, ou des frères Tsarnaïev, qui ont commis le double attentat de Boston en 2013. « Ce sont des personnes qui partagent la même idéologie et qui décident, à un moment donné, de franchir le pas. Le fait d’être frère permet aussi de cloisonner les choses, et la clandestinité, c’est essentiel », note Jean-Charles Brisard.
D’autres terroristes ont agi seuls mais ont pu être influencés par un frère, comme Mohammed Mogouchkov, qui a tué le professeur de Français Dominique Bernard le 13 octobre 2023 à Arras. Son frère aîné avait déjà été condamné pour « association de malfaiteurs terroristes » dans un autre dossier. Il en va de même pour Mohammed Merah, auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, dont le frère, Abdelkader, a été condamné à trente ans de prison pour complicité.
« Le facteur familial est très complexe à appréhender, analyse la sociologue Rachel Sarg. Il y a ce qu’on appelle l’influence directe et l’influence indirecte », explique-t-elle. En résumé, une personne peut basculer dans le terrorisme en raison de « contextes familiaux conflictuels violents » ou parce qu’elle provient d’une « famille radicale ». « Dans certains milieux familiaux, il y a une transmission des croyances radicales. Après, le passage à l’acte reste très rare pour un père et son fils », souligne-t-elle. Plus les individus sont âgés, moins ils ont de chances de passer à l’acte, bien qu’ils soient actifs dans la transmission d’idées radicales.
Ainsi, avoir un frère « engagé » idéologiquement dans le djihad représente « un facteur de risque important », insiste Rachel Sarg. « On adhère aux idées de son entourage. Ça commence par des discussions avec sa fratrie ou des amis, et on se renforce progressivement dans la radicalisation parce qu’on est proche de ces personnes. » Pourtant, selon cette chercheuse en sciences sociales, la famille n’est souvent pas au courant de la radicalisation de l’enfant. « Elle la découvre ou ne souhaite pas la voir. Certaines familles ne sont pas conscientes du danger ou sont dépassées par les événements. Cependant, il arrive aussi que les parents soient les premiers à signaler leur jeune aux autorités. »
Rachel Sarg aborde également le cas des « enfants nés en Syrie ». « Les pères sont souvent radicalisés et transmettent en partie un socle de croyance radicale. Ils jouent un rôle dans l’éducation et la transmission. Néanmoins, cela ne signifie pas que ces enfants passeront forcément à l’acte. Plusieurs facteurs peuvent expliquer un acte terroriste, comme le sentiment d’injustice, la frustration, les réseaux sociaux… La famille est un facteur important, mais ce n’est pas le seul. »

