En Europe, l’immigration est plus sélective et les frontières moins poreuses.
Au 1er janvier 2024, Eurostat dénombrait quelque 29 millions de ressortissants de pays tiers en Europe, représentant 6,4% de la population. En 2024, près de 200.000 arrivées irrégulières sur les côtes européennes ont été recensées, soit cinq fois moins qu’en 2015.
Les déclarations du président américain Donald Trump, qui accuse l’Europe de risquer « un effacement civilisationnel » en accueillant trop d’immigrés, cachent en réalité un durcissement des conditions d’asile et d’immigration sur le continent européen. Toutefois, le besoin croissant en main-d’œuvre dans les pays européens vieillissants les pousse à accepter une immigration de travail plus importante.
**L’Europe, terre d’immigration**
Dans l’ensemble, l’immigration est en hausse en Europe. Selon Eurostat, au 1er janvier 2024, il y avait près de 29 millions de ressortissants de pays tiers, représentant 6,4% de la population. En 2021, ce chiffre était de 23,8 millions. L’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie concentrent près de 70% des étrangers résidant dans l’UE.
« Une partie de notre économie est basée sur l’immigration, » souligne Matthieu Tardis, co-directeur du centre de recherche indépendant Synergies Migrations, en prenant l’exemple de la France où « la révolution industrielle s’est faite sur la main-d’œuvre italienne, polonaise. »
Aujourd’hui, les titres de séjour pour le travail représentent la majorité des premiers titres délivrés par l’UE, avec 1,1 million en 2024 (soit 32% des premiers titres émis) contre 589.000 en 2015 (29,6%). Dans certains secteurs, les « étrangers sont surreprésentés » par rapport à leur poids dans la population européenne, notamment dans la santé ou le bâtiment. Par exemple, les médecins étrangers constituent 22% des médecins en Allemagne, 18% en France et 41% au Royaume-Uni, selon l’OCDE.
**Demandeurs d’asile et arrivées irrégulières en baisse**
À la fin de 2024, Eurostat comptabilisait 1 million de demandeurs d’asile en Europe, en baisse de 11% par rapport à 2023. Parmi eux, moins de la moitié (438.000) ont obtenu le statut de réfugiés leur permettant de rester. Le nombre de demandeurs d’asile n’a jamais atteint le niveau de la crise migratoire de 2015, lorsque des centaines de milliers de réfugiés syriens fuyant la guerre étaient arrivés en Europe, avec 1,3 million de demandeurs d’asile recensés.
Concernant l’immigration clandestine, près de 200.000 arrivées irrégulières sur les côtes européennes ont été signalées en 2024, soit cinq fois moins qu’en 2015, d’après les Nations Unies. Cette baisse s’explique notamment par des accords conclus avec la Turquie, la Libye ou la Tunisie pour contrôler les départs. Ces accords font l’objet de nombreuses critiques, surtout en ce qui concerne le respect des droits de l’homme.
**Des politiques plus restrictives**
En Allemagne, où le nombre d’étrangers est le plus élevé dans l’UE, le chancelier conservateur Friedrich Merz a mis en place une politique d’asile plus stricte depuis son arrivée au pouvoir en mai, lors d’élections où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a obtenu des résultats historiques. Depuis début 2025, le nombre de demandes d’asile en Allemagne a diminué de plus de la moitié par rapport à 2024.
Au niveau communautaire, les 27 États membres ont adopté lundi une série de textes visant à encadrer plus fermement les arrivées et les renvois de migrants, préparant ainsi la création de centres d’accueil situés hors de l’UE. Le Parlement européen doit encore approuver ces mesures.
L’Italie a déjà signé un accord controversé avec l’Albanie pour externaliser le traitement des demandeurs d’asile interceptés en mer. Toutefois, cette mesure est bloquée par de nombreux recours devant les tribunaux. Depuis son élection en 2022, la Première ministre Giorgia Meloni, issue du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a fait de la lutte contre l’immigration clandestine une de ses priorités.
Dans le même temps, le gouvernement italien a augmenté le nombre de visas de travail (450.000 entre 2023 et 2025, contre 75.700 en 2022) afin de répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans un pays vieillissant, confronté à une baisse du taux de natalité. Ce double standard s’applique également en Hongrie, où seuls 29 demandeurs d’asile (hors Ukraine) ont été comptabilisés en 2024.
Parallèlement, le nombre d’étrangers vivant en Hongrie, dirigée par le premier ministre nationaliste Viktor Orban, a augmenté en dix ans grâce à sa politique de travailleurs « invités », passant de près de 146.000 à plus de 255.000 prévus pour 2025, dont un peu moins de la moitié recensés comme « Asiatiques » et « Africains ». En dehors de l’UE, au Royaume-Uni, l’immigration nette a chuté de près de 69% sur un an en 2025, selon l’Office national des statistiques.
Ces données confirment une tendance à la baisse depuis le pic de 2023, attribuable aux politiques du précédent gouvernement conservateur, tandis que les traversées irrégulières de la Manche continuent.

