Tunisie

Forum économique Tuniso-algérien : Un partenariat stratégique renforcé attendu

La Cheffe du gouvernement, Mme Sarra Zaâfrani Zenzri, et le Premier ministre algérien, M. Sifi Ghrieb, ont inauguré hier le forum économique tuniso-algérien à Tunis, en présence de plusieurs dirigeants, dont le président de l’Utica, Samir Majoul, et le président du Conseil du renouveau économique algérien, Kamel Moula. En 2024, le volume des échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Algérie a dépassé 2,3 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente.







La Cheffe du gouvernement, Mme Sarra Zaâfrani Zenzri, et le Premier ministre algérien, M. Sifi Ghrieb, ont inauguré hier le forum économique tuniso-algérien à Tunis, dans le cadre de la 23e session de la Haute commission mixte tuniso-algérienne.

Ce moment clé a permis aux deux dirigeants d’appeler les investisseurs des deux nations à renforcer leurs collaborations économiques dans divers domaines, notamment l’industrie, le tourisme, l’énergie et le commerce.

La Presse — Lors d’une rencontre avec des hommes d’affaires tunisiens et algériens, Mme Sarra Zaâfrani Zenzri, et M. Sifi Ghrieb, en visite officielle de deux jours, ont ouvert le forum en présence de Samir Majoul, président de l’Utica, et de Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien.

Ils ont souligné les nombreuses opportunités de partenariat qui se présentent actuellement aux acteurs économiques des deux pays, en particulier dans les domaines de l’énergie, de l’industrie et du commerce frontalier.

En mettant l’accent sur le rôle crucial du secteur privé dans la croissance économique, Mme Zaâfrani Zenzri a précisé que ce forum illustre la complémentarité entre le secteur public et le secteur privé, qui “est un partenaire essentiel dans la création de richesses et qui soutient les efforts des deux pays pour renforcer et élever leurs relations de partenariat bilatéral”.

Elle a ajouté que la coïncidence de ce forum avec la 23e session de la Haute commission mixte témoigne de la volonté des dirigeants des deux pays, le Président Kaïs Saïed et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, de donner au secteur privé un rôle plus important dans l’encouragement de la croissance et de l’investissement.

Une vision commune portée par les leaders des deux pays

Elle a également noté que la tenue de ce forum économique, centré sur les secteurs de l’énergie, de l’industrie et du tourisme, démontre clairement la volonté commune des deux chefs d’État d’intensifier le partenariat stratégique entre la Tunisie et l’Algérie dans ces secteurs, considérés comme des leviers importants pour l’investissement commun.

La Cheffe du gouvernement a poursuivi son discours en informant que la Tunisie a opté pour l’élargissement de ses partenariats stratégiques à l’échelle internationale, reposant sur le respect mutuel et l’intérêt partagé, dans le but de servir son peuple et de répondre à ses attentes, selon les orientations du Président de la République, Kaïs Saïed.

“Notre pays a mis en place une politique économique et sociale fondée sur une nouvelle approche, plus juste et équitable, visant à bâtir une économie forte, capable de garantir un équilibre entre justice sociale et croissance économique. Une économie résistante face aux fluctuations externes et dotée d’une compétitivité élevée”, a-t-elle affirmé.

Elle a rappelé que la Tunisie a réussi à relever de nombreux défis et est actuellement sur la voie de la reprise économique.

Les indicateurs et résultats positifs, reflétant un redémarrage de l’activité soutenu par l’amélioration des performances de secteurs clés tels que l’agriculture, le bâtiment, les industries manufacturières et les services, en sont la preuve.

Insistant sur le fait que la Tunisie émerge comme un site d’investissement attrayant, la Cheffe du gouvernement a indiqué que le pays compte aujourd’hui plus de 4 000 entreprises à participation étrangère, générant environ 460 000 emplois.

“L’intérêt croissant pour l’investissement extérieur témoigne des réformes structurelles entreprises et de la confiance restaurée de nos partenaires régionaux et internationaux, ainsi que de la volonté partagée de renforcer la coopération dans des domaines porteurs”, a-t-elle précisé.

Elle a ajouté que ces efforts s’intègrent dans la vision économique « Tunisie 2035 », qui “constitue un nouveau contrat social visant une transformation économique globale et permettant au pays de rejoindre le groupe des économies compétitives, axées sur le savoir et l’innovation”.

La Cheffe du gouvernement a également souligné que la Tunisie a finalisé, pour la première fois, un projet de Plan de développement 2026-2030, fondé, selon les orientations du Président de la République, Kaïs Saïed, sur une démarche ascendante partant du local au régional, puis atteignant un niveau national.

Cette approche permet, selon elle, de répondre aux besoins des citoyens, de favoriser une inclusion économique et sociale équitable des régions, de créer un climat propice à l’investissement et d’assurer la cohérence entre la politique de l’État et les projets de développement.

La hausse des IDE: un indicateur de vitalité économique

Mme Zenzri a également indiqué que la Tunisie travaille à la création d’un climat d’investissement favorable, en offrant d’importants avantages financiers et fiscaux, ainsi qu’un traitement équitable pour les investissements nationaux et étrangers.

“Nous œuvrons à améliorer le système d’investissement en simplifiant les procédures administratives pour rendre le climat des affaires plus favorable et lever les obstacles rencontrés par les investisseurs, considérés comme des partenaires essentiels de l’État dans la création de richesses”, a-t-elle déclaré.

Elle a indiqué que le pays dispose de treize pôles technologiques spécialisés dans des secteurs à fort potentiel tels que le textile technique, les technologies de l’information, les industries alimentaires, l’informatique, la culture et les énergies renouvelables, afin d’améliorer son attractivité pour les investissements à haute valeur ajoutée.

Concernant les investissements algériens en Tunisie dans le secteur industriel, la Cheffe du gouvernement a noté qu’ils ont progressé, comprenant désormais 18 entreprises industrielles opérant dans divers secteurs tels que l’agroalimentaire, la mécanique, les matériaux de construction, le textile et l’habillement, et employant 1 800 personnes.

“Malgré ces avancées positives, ce secteur nécessite encore plus d’audace en matière d’investissement et un renforcement de la complémentarité industrielle pour assurer une véritable intégration économique”, a-t-elle lancé.

En s’adressant aux investisseurs des deux pays, la Cheffe du gouvernement a appelé à intensifier les investissements conjoints dans les secteurs à forte valeur ajoutée tels que les industries mécaniques, électroniques, pharmaceutiques, alimentaires et de transformation, ainsi que dans le textile et l’habillement.

Elle a également souligné l’importance de renforcer les partenariats entre les PME tunisiennes et algériennes, afin que la coopération industrielle devienne une des pierres angulaires du partenariat stratégique entre les deux pays.

Le transfert de technologies et l’échange d’expertises, le développement de nouvelles zones industrielles frontalières avec des projets conjoints dans les industries de transformation, les énergies renouvelables et les matériaux de construction, revêtent, selon la Cheffe du gouvernement, une importance stratégique, car ces zones peuvent devenir de véritables moteurs d’intégration régionale.

Le secteur de l’énergie: un exemple concret de partenariat réussi

En ce qui concerne le secteur de l’énergie, Mme Zenzri a salué le niveau de coopération entre la Tunisie et l’Algérie, qui constitue un modèle de partenariat réussi basé sur la confiance et la complémentarité.

Elle a souligné les initiatives et projets tuniso-algériens dans ce domaine ont montré leur efficacité, citant l’alimentation en gaz de la région tunisienne de Sakiet Sidi Youssef via les réseaux algériens.

Elle a appelé à multiplier les investissements conjoints dans les infrastructures de transport et de stockage de gaz, en précisant que le défi ne se limite plus à des échanges traditionnels : la transition énergétique est désormais une priorité régionale et mondiale.

“Nous aspirons à ce que la Tunisie et l’Algérie explorent ensemble de nouvelles perspectives dans le cadre d’un partenariat stratégique intégrant la production, le transport, la distribution et les énergies renouvelables. Nous proposons de renforcer la coopération dans les projets d’interconnexion électrique et de développer des investissements conjoints dans les énergies propres, notamment solaire et éolienne, pour garantir la sécurité énergétique de nos deux pays. Les entreprises publiques et privées peuvent contribuer à l’exécution de projets transfrontaliers bénéfiques pour les économies des deux côtés et soutenir les efforts de transition énergétique durable dans la région maghrébine”, a-t-elle déclaré.

Innover dans le secteur du tourisme

Le tourisme, secteur privilégié du partenariat tuniso-algérien, suscite également l’intérêt des deux gouvernements. Mme Zenzri a rappelé que la Tunisie a accueilli, jusqu’à fin octobre 2025, plus de trois millions de touristes algériens, soit une hausse de 8 % par rapport à la même période de 2024.

“Ces statistiques illustrent la solidité des liens fraternels entre nos deux peuples et ouvrent de nouvelles perspectives pour renforcer le tourisme comme pilier de l’intégration économique”, a-t-elle ajouté.

Elle a demandé à élever la coopération touristique à un niveau stratégique, passant de l’échange de touristes à une complémentarité stratégique et à un partenariat effectif.

Elle a encouragé à intensifier les efforts pour inclure d’autres formes de tourisme, notamment culturel, écologique, et thérapeutique, et à créer des produits touristiques conjoints à travers des circuits intégrés et transfrontaliers.

“Il est aussi essentiel d’encourager les investissements conjoints dans le tourisme alternatif, familial et saharien, et de renforcer l’échange d’expertise dans la formation touristique”, a-t-elle conclu.

Le commerce frontalier, un levier d’intégration régionale

Sur l’importance du commerce bilatéral, Mme Zenzri a souligné l’engagement du gouvernement à développer les échanges commerciaux entre les deux pays, via la modernisation des mécanismes réglementaires, la réduction des obstacles au commerce bilatéral et le renforcement du cadre juridique régissant les échanges, et notamment en révisant l’accord commercial préférentiel.

Elle a ajouté que l’investissement conjoint dans les zones frontalières permet la mise en œuvre de projets à forte rentabilité, grâce à leurs positions stratégiques et aux ressources naturelles et touristiques proposées.

“L’implication du secteur privé des deux pays dans l’étude et la mise en œuvre de projets dans ces zones contribuera à renforcer les économies locales, améliorer l’infrastructure, développer les services logistiques et transformer ces régions en centres de production et de commerce, consolidant ainsi une dynamique économique durable au service de la stabilité et de l’intégration bilatérale”, a-t-elle assuré.

Elle a également évoqué la nécessité de formuler une vision commune visant à renforcer l’interconnexion entre les réseaux de transport des deux nations et à étudier la création de corridors transfrontaliers reliant les principaux axes de transport des deux pays pour faciliter le commerce bilatéral et faire de ces zones des plateformes de distribution vers l’Afrique et l’Europe.

Concernant l’importance d’aborder ensemble les marchés africains, la Cheffe du gouvernement a indiqué que cette orientation stratégique ne peut réussir qu’à travers des efforts conjoints et la complémentarité des économies des deux pays, en se concentrant sur des secteurs émergents tels que le numérique, les énergies renouvelables, les industries alimentaires et pharmaceutiques, ainsi que les composants automobiles et d’autres filières à forte valeur ajoutée.

“Nous avons une responsabilité partagée envers nos deux peuples et les générations futures pour travailler ensemble à garantir notre sécurité alimentaire, hydrique, énergétique et climatique. L’État tunisien, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed, s’engage à poursuivre son soutien à toutes les initiatives économiques conjointes et à faire de la coopération économique tuniso-algérienne un modèle pour la région”, a-t-elle conclut.

Un partenariat à renforcer davantage

En soulignant les liens fraternels entre les deux peuples, le Premier ministre algérien, M. Sifi Ghrieb, a déclaré que ce forum économique est une occasion pour les entreprises et les hommes d’affaires des deux pays d’explorer les nombreuses opportunités offertes par le partenariat bilatéral.

Concernant les orientations des dirigeants des deux nations, il a affirmé que la volonté résolue des deux Chefs d’État vise à transformer qualitativement la coopération algéro-tunisienne dans tous les domaines, pour élargir le partenariat à un niveau stratégique, selon une approche participative et complémentaire.

Revenant sur les relations économiques entre les deux pays, le Premier ministre algérien a rappelé que la coopération économique entre la Tunisie et l’Algérie a enregistré ces dernières années des progrès encourageants.

En 2024, le volume des échanges commerciaux a dépassé 2,3 milliards de dollars, soit une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente.

La Tunisie est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, notamment à travers l’approvisionnement en produits semi-manufacturés tels que le phosphate, les matériaux en verre, les produits à base d’aluminium, les véhicules et divers équipements.

Elle se classe également au neuvième rang parmi les clients de l’Algérie, surtout pour le gaz, les dérivés pétroliers, l’électricité, ainsi que le sucre, les produits alimentaires, le ciment et le clinker.

Il a ajouté que, concernant l’investissement, soixante-six projets en Algérie impliquant des opérateurs tunisiens, d’un montant d’environ 353 millions de dollars, ont été enregistrés à fin octobre 2025.

Le secteur industriel représente 90 % de ces investissements, en particulier dans les domaines pharmaceutiques et électriques. Près de 750 entreprises tunisiennes sont activement présentes en Algérie dans divers secteurs, représentant plus de 9 % de l’ensemble des sociétés étrangères installées dans ce pays.

“Tous ces indicateurs sont prometteurs et témoignent d’une dynamique de croissance rapide du volume et de la qualité des échanges et des investissements. Toutefois, ils restent en deçà des potentialités disponibles et n’illustrent pas encore pleinement les perspectives prometteuses ouvertes par les mutations internationales accélérées”, a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : “Cette réalité impose aux gouvernements et aux communautés d’affaires d’accélérer le rythme et d’adopter de nouveaux mécanismes offrant des solutions concrètes, garantissant une rapidité accrue des flux de marchandises de part et d’autre. Elle exige également la nécessité d’identifier les avantages compétitifs de nos économies, de renforcer leur complémentarité et de développer des projets conjoints dans divers secteurs, afin d’établir des infrastructures interconnectées et des chaînes de valeur régionales.”

De plus, le Premier ministre algérien a invité les hommes d’affaires tunisiens à investir en Algérie dans des secteurs à fort potentiel, y compris l’industrie – notamment les pièces de rechange, le textile et la valorisation des ressources – ainsi que l’énergie, le tourisme, l’agriculture, la pêche, les énergies renouvelables, les startups, le bâtiment, les travaux publics et le transport.

La cérémonie d’ouverture a également été marquée par la signature de plusieurs accords de partenariat entre des entreprises tunisiennes et algériennes.