France

Lutins farceurs : Des parents ne respectent pas les limites, traumatismes pour leurs enfants.

Depuis quelques années, la mode est aux lutins farceurs, des petites peluches à l’effigie des lutins du Père Noël que les parents mettent en scène avant le réveil de leurs enfants à l’approche des fêtes. Pierre Martineau, psychologue du développement, nuance que « pour de très nombreux enfants, la mise en place de cette croyance n’aura pas d’incidence sur leur développement », à deux conditions : « la non-exposition sur les réseaux et l’émotion positive de l’enfant ».

Les lutins farceurs, ces petites peluches représentant les lutins du Père Noël, sont devenus populaires ces dernières années. Chaque nuit, ils mangent les chocolats, entourent le sapin de papier toilette et emballent les chaussures de la famille dans du papier aluminium. Les parents les mettent en scène avant le réveil de leurs enfants à l’approche des fêtes.

Des idées sont partagées sur des groupes Facebook dédiés, et des animations ont lieu dans les écoles. Les lutins farceurs participent à la magie de Noël pour les enfants. Toutefois, cet engouement génère également des dérives. Les parents influenceurs saisissent le concept pour filmer les réactions de leurs enfants et les partager sur les réseaux sociaux. Certaines vidéos sont attendrissantes, tandis que d’autres interpellent, soulevant des préoccupations concernant les répercussions psychologiques que de telles croyances peuvent avoir sur les enfants.

Une tendance qui suscite des débats

Une créatrice de contenu souligne : « On fait croire à nos enfants que des poupées s’animent la nuit et qu’elles s’immiscent dans leur intimité […] il y a des parents qui viennent écrire sur le front de leurs enfants ou couper leur pyjama […] c’est hyper flippant pour un enfant. » Pierre Martineau, psychologue du développement spécialisé en neuropsychologie, précise que pour de nombreux enfants, cette croyance n’impactera pas leur développement, à deux conditions : « la non-exposition sur les réseaux et l’émotion positive de l’enfant. »

Pour d’autres enfants, des conséquences négatives sont plus probables. Il cite le cas d’un patient présentant des troubles du sommeil. « Au moment du coucher, il imagine que des monstres ou des voleurs s’introduisent dans sa maison avec des intentions malveillantes. Pour cet enfant, il ne serait pas pertinent de mettre en place cette tradition. »

« Les lutins ont mangé le chat »

Une vidéo de décembre 2023 publiée par une mère influenceuse montre un jeune garçon découvrant un lutin farceur assis à côté d’une assiette pleine d’os de poulet près d’une litière. « Les lutins ont mangé le chat », dit sa mère, provoquant immédiatement les pleurs de l’enfant, ce qui inquiète les abonnés. Une seconde vidéo est postée peu après, où la créatrice de contenu dit à son fils : « Tu as fait beaucoup de peine à beaucoup de personnes. » Finalement, l’enfant acquiesce d’un timide « ça va ».

Récemment, un autre couple d’influenceurs a repris cette idée, tentant de rassurer leur audience en déclarant : « Vous inquiétez pas, on traumatise personne. » La jeune femme ajoute : « Il n’y a rien de mal, le but c’est de passer un bon moment et de rigoler, que vous aussi vous rigoliez. » Elle filme alors son conjoint qui dispose des os de poulet dans une assiette. Sous les hashtags #lutins et #farceurs, d’autres vidéos similaires se multiplient, comme celle d’une enfant découvrant avec effroi son parrain allongé au sol, entouré des petites peluches.

Mélanie Godard, accompagnante parentale, pose deux questions essentielles : « Pourquoi je veux utiliser le lutin farceur en tant que parent ? Et qu’est-ce que je veux apporter ou faire croire à mon enfant avec cet outil ? » Elle propose une alternative qui permet d’allier magie de Noël et créativité, sans excès ni manipulation. « En posant des questions simples comme  »et si on imaginait que les lutins se réveillaient la nuit pour nous faire des blagues, ça te plairait ? Qu’est-ce qu’ils pourraient faire ? » on stimule l’imaginaire de l’enfant sans affecter sa sécurité affective », explique-t-elle, ajoutant que tout dépend de la façon dont les parents utilisent cet outil.

Les réseaux sociaux en cause ?

« Cette croyance peut avoir des effets bénéfiques lorsqu’elle est amenée avec bon sens, sans exposition aux réseaux et en prenant en compte le plaisir de l’enfant », souligne Pierre Martineau. Il rappelle que le concept a été introduit en 2005 dans les pays anglo-saxons avec la publication du livre The Elf on the Shelf : A Christmas Tradition, bien avant l’apparition de TikTok. Les dérives observées autour des lutins sont liées à l’émergence des réseaux sociaux et à la banalisation des enfants en tant qu’outil d’audience. Certains parents considèrent la tendance des lutins farceurs comme une opportunité « de faire un maximum de vues », selon le psychologue, où « le plaisir est centré uniquement sur les parents ».

En imaginant des farces de plus en plus extrêmes, parfois à la limite du cruel, « on se joue de l’enfant qui est encore dans une zone floue entre le réel et le fictif », soutient Mélanie Godard. Lorsqu’ils sont filmés, souvent proches des larmes, « on en vient à se moquer d’eux, mais on oublie qu’ils méritent le respect », ajoute-t-elle. Pierre Martineau conclut : « L’impact psychologique négatif sur les enfants dans ce cas extrême est certain. » Il évoque la possibilité d’une perte de confiance envers les parents, des troubles du sommeil et de l’anxiété.