Festival Khalifa-Stambouli : Monastir ne renoue pas avec la mémoire du théâtre
La 29e édition du Festival Khalifa-Stambouli s’est ouverte le vendredi soir au complexe culturel de Monastir, où l’intelligence artificielle a permis de faire revenir le dramaturge Khalifa-Stambouli. Jusqu’au 13 décembre, le festival proposera spectacles, ateliers de formation, rencontres publiques et une grande conférence scientifique dans plusieurs institutions culturelles et éducatives de Monastir.
Lors d’un début inattendu et émouvant, la 29e édition du Festival Khalifa-Stambouli a fait revivre le dramaturge disparu grâce à l’intelligence artificielle.
Entre performance vivante, hommage aux pionniers et exploration d’un siècle de théâtre tunisien, Monastir a vibré au rythme d’une soirée où l’art a renoué avec ses fondateurs et affirmé sa place dans la ville.
La Presse — Il existe des moments où l’art suspend le temps. Vendredi soir, au complexe culturel de Monastir, l’ouverture de la 29e édition du Festival Khalifa-Stambouli a offert l’un de ces instants rares.
Dans la fraîcheur d’un soir d’hiver, devant un public nombreux, un visage familier a refait surface : celui du dramaturge décédé, Khalifa-Stambouli, qui a inauguré le festival par sa voix et son image, restituées via une vidéo générée par l’intelligence artificielle.
Un geste symbolique fort, où la technologie témoignait de la fidélité, et où l’hommage prenait la forme d’une présence.
Au lieu de proposer la traditionnelle pièce d’ouverture, la direction du festival a opté pour une approche plus organique, vivante, presque immersive.
L’artiste Talel Ayoub, accompagné d’une constellation de créateurs, a métamorphosé les abords, le toit et l’intérieur du complexe culturel en un espace scénique pluriel.
Devant le bâtiment, dans les couloirs, sur les hauteurs, la soirée s’est déroulée comme une traversée poétique mêlant performance, musique, gestes et images. Une célébration du théâtre, sous toutes ses formes.
Les « Émanations théâtrales »,en prélude
La première respiration artistique a été confiée à Mouna Hafidh avec son spectacle « Emanations Théâtrales ».
Au travers d’une composition mêlant narration, fragments musicaux et visuels, elle a proposé une synthèse émotive de la vie de Stambouli.
Pendant ce temps, des comédiens, perchés sur le toit, ont salué les invités dans des costumes conçus pour l’occasion, recréant une atmosphère d’accueil à la fois rituelle et hommage.
Dans le hall, une exposition de photos retraçait le parcours du dramaturge, accompagnée d’un ensemble d’images dédiées à l’autre géant du théâtre tunisien, Fadhel Jaziri.
Partout, des artistes croquaient en direct des portraits de Stambouli, comme si chaque trait de crayon contribuait à raviver une mémoire collective.

Un retour à la source : Monastir, 1919
La grande salle du complexe a ensuite offert un moment d’intensité particulière. Avec une mise en scène combinant narration, tableaux vivants et projection vidéo — cette dernière conçue en collaboration avec Fahd Ben Hammouda et Karim Zine —, Talel Ayoub a emmené le public dans un voyage à rebours.
Destination : 1919, année de naissance de Stambouli dans le quartier de la rue de Kairouan. On découvre un jeune homme animé par l’élan national, le sacrifice et le rêve d’un pays en devenir.
La scène apparaît déjà comme son territoire naturel, son refuge, son oxygène. Les comédiens ont revisité ses œuvres majeures : « Œdipe Roi », « Richard III », « Salah Eddine El Ayoubi », ainsi que d’autres textes qui ont marqué la première génération du théâtre tunisien.
Chaque tableau ressemblait à une réincarnation : les créations d’hier, revêtues d’une nouvelle énergie, prenaient vie devant un public captivé.
Transformer la fragilité en création
L’un des moments les plus émouvants a été l’évocation de la maladie de Stambouli.
Atteint de tuberculose, affaibli mais inspiré, il avait transformé sa convalescence en période de création, rédigeant « Salah Eddine El Ayoubi ».
Un geste d’artiste illustrant la résilience de cette génération : faire du manque une force et de la fragilité un texte qui survivra à son auteur.
Un festival qui irrigue toute une ville
Le Festival Khalifa-Stambouli va au-delà de son ouverture.
Jusqu’au 13 décembre, il proposera spectacles, ateliers de formation, rencontres publiques et une grande conférence scientifique dans plusieurs institutions culturelles et éducatives de Monastir.
Une manière d’inscrire le théâtre non seulement dans les murs, mais dans les vies, dans les écoles, dans la mémoire de demain.

