Belgique

Qui veut une Europe Maga ?

La note souligne que les États-Unis assument une ingérence massive en Europe, qualifiant cette dernière d’interventionnisme paternaliste teinté d’idéologie illibérale. Selon Theo Francken, ministre de la Défense de la N-VA, les conservateurs remportent une bataille en Europe, ce qu’il qualifie de « miroir douloureux » qui reflète une réalité en évolution.

L’Europe entre sidération et déni face à Trump

Cette note devrait impulser un sentiment d’urgence chez toutes les élites européennes. Elle devrait logiquement devenir un sujet de débat majeur dans l’opinion publique européenne, et en particulier en Belgique. Pourtant, il découle de celle-ci au mieux une forme de sidération, peut-être un fatalisme, et au pire, un déni.

Ce nouveau document confirme et renforce ce que le vice-président JD Vance avait suggéré à Munich. Le véritable tournant n’est pas seulement le fait que les États-Unis se détournent de l’Europe pour se concentrer sur la Chine. Ce n’est pas non plus que les États-Unis adopteraient un isolationnisme et abandonneraient, voire trahiraient l’Europe. Ce qui est en jeu, c’est la volonté des États-Unis de détruire l’Europe telle qu’elle a été façonnée depuis 50 ans, pour la remplacer — oui, la remplacer — par une Europe Maga, qui serait soumise, il n’y a pas d’autre terme, à leurs intérêts et à leur vision idéologique.

Ingérence européenne selon les États-Unis

En effet, dans cette note stratégique, les États-Unis affichent une ingérence massive en Europe. Alors que, dans une approche réaliste, la Chine et la Russie sont considérées comme des puissances avec lesquelles il faut traiter d’égal à égal, l’Europe a, elle, droit à un interventionnisme paternaliste teinté d’idéologie illibérale et ultraconservatrice.

Nous serions dans un processus de déclin civilisationnel, dû à l’Union européenne, qui saperait la liberté politique et économique, l’immigration, la censure de la liberté d’expression, et la répression politique. Pour l’administration Trump, ces causes expliquent l’effondrement du taux de natalité, la perte des identités nationales et de l’estime de soi. Cette évolution, marquée par un déclinisme, suscite des doutes à Washington : dans 20 ans, il ne sera pas évident que l’Europe soit encore en mesure d’être l’alliée des États-Unis.

L’Amérique, soi-disant « isolationniste« , entend intervenir pour contrer ce déclin en soutenant, je cite, « les partis patriotiques« , sans les nommer dans la note. Mais il s’agit des partis d’extrême droite, anti-immigration, anti-Union européenne, soutenus par la Russie. Au final, pour les États-Unis, mieux vaut un régime autoritaire qu’un pays démocratique.

Theo Francken approuve

Peu ou pas encore beaucoup de réactions en Belgique. Cependant, soulignons la réaction de Théo Francken, de la N-VA et ministre de la Défense, qui semble plutôt en accord avec ces constats. Il évoque un « miroir douloureux« , ce qui signifie qu’il perçoit un reflet de la réalité. Theo Francken adhère à l’analyse trumpiste : il affirme que « la bataille épique entre le postmodernisme et le conservatisme (libéral) fait rage. À chaque résultat électoral sur le vieux continent, le constat est le même : les conservateurs remportent cette bataille. Le paradigme change. Le wokisme est mort« .

Ceci constitue un discours idéologique clair de la part de Theo Francken, mais soulève d’importantes questions : s’il partage l’analyse de Trump, assume-t-il également que la Belgique doit désormais lutter contre l’Union et adopter une position eurosceptique ? Faut-il accepter la capitulation de l’Ukraine comme le souhaite Donald Trump aujourd’hui ? En somme, la Belgique veut-elle d’une Europe « MAGA » ? Si les États-Unis peuvent fantasmer leur passé et aspirer à être « Great Again« , l’Europe souhaite-t-elle vraiment courir le risque de redevenir « Great Again » ?

Des questions cruciales, mais qui génèrent pourtant moins de bruits et de commentaires que l’utilisation de patchwork pour les personnages de la crèche de Noël de la Grand-Place.