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Mexique : des restes humains découverts près des stades de 2026

L’État de Jalisco, dont la capitale est Guadalajara, sera l’une des villes hôtes de la Coupe du monde de football 2026. En 2024, il y a eu près de 15.000 disparitions au Mexique, représentant en moyenne 40 personnes par jour.


C’est pour cette raison que cette affaire suscite un grand intérêt. L’État de Jalisco, dont la capitale est Guadalajara, accueillera l’une des villes de la Coupe du monde de football 2026. La région est au cœur d’une grave crise des disparitions au Mexique, une crise qui s’aggrave. En 2024, près de 15 000 disparitions ont été recensées, ce qui représente en moyenne 40 personnes disparues par jour.

Ce nombre colossal pose un véritable défi pour les forces de police, largement critiquées et accusées de corruption. Au point que les familles prennent elles-mêmes en charge la recherche de leurs proches disparus.

« La police n’est pas à la hauteur », déclare Gwendolina Duval, correspondante de la RTBF sur place. « Elle n’a pas les moyens de chercher autant de personnes, ni la capacité, et parfois pas non plus la volonté – à cause de la corruption. Toutes les familles de disparus que j’ai rencontrées dénoncent de graves problèmes dans les enquêtes. Ainsi, des parents s’en chargent eux-mêmes, et, avec le temps, ils ont formé des collectifs – des groupes de recherche. On en trouve partout dans le pays. Comme il s’agit souvent de mamans, on les appelle les ‘Mamas buscadoras’ – les mamans chercheuses. »

Guadalupe est l’une de ces mères. Elle a quatre fils, tous disparus en 2019 : « Je suis allée signaler leur disparition mais je ne pourrai jamais oublier à quel point la police m’a maltraitée. Ils n’ont pas voulu prendre la plainte, ils ont voulu gagner du temps, car le temps est essentiel dans ces affaires. Ils n’ont pas voulu les chercher immédiatement pour avoir une chance de les retrouver vivants. J’étais désespérée, cela a duré huit jours avant que l’on commence les recherches de mes fils à Ocotlán. Je fais des recherches sur le terrain avec seize collectifs parce que je sais que nous sommes les seuls à chercher. Nous avons pu redonner la paix à de nombreuses personnes, et j’espère qu’un jour nous retrouverons mes fils, que ce soit moi ou une compagne du collectif. »

Les collectifs fonctionnent avec très peu de ressources, utilisant des pelles et des pics dans des terrains difficiles et des zones dangereuses. Régulièrement, ils organisent des opérations de recherche. Des centaines de personnes y participent, comme en octobre dernier à Ajusco, une colline volcanique située au sud de la capitale mexicaine.

Armées de fourches et de pelles, des mères ont creusé le sol, tandis que d’autres ont utilisé des machettes et même des engins lourds pour dégager la zone.

Araceli Olmedo Cruz, 40 ans, a déclaré à l’AFP qu’elle participait aux recherches pour retrouver son fils Benjamin, disparu dans un quartier voisin en avril 2024. « Comme c’est une zone isolée, il est plus facile pour les gens de venir y déposer les corps », a-t-elle expliqué.

Arnulfo Garcia est à la recherche de sa mère, Placida, disparue depuis un an. « Nous avons cherché dans les zones urbaines, nous avons collé des affiches, » a-t-il dit, expliquant qu’il avait décidé de se joindre aux efforts à Ajusco dans l’espoir de contacter des autorités qui pourraient l’aider à localiser sa mère.

Trois quarts des disparus sont des hommes, en grande majorité âgés de 15 à 30 ans. Ce sont des victimes de la violence liée aux organisations criminelles. Un phénomène croissant observe également le recrutement forcé de jeunes par les cartels.

Cependant, les femmes ne sont pas en reste, représentant environ un quart des disparitions. « C’est lié à la violence de genre, aux féminicides, mais aussi à la traite des êtres humains et aux réseaux de prostitution », explique Gwendolina Duval.

Il y a également un autre phénomène, celui des migrants, nombreux à disparaître lors de leur périple migratoire, victimes de groupes criminels. Pour ces personnes, il existe rarement des statistiques ou des dénonciations.

L’histoire des disparitions au Mexique n’est malheureusement pas nouvelle. Comme l’explique la correspondante de la RTBF : « Elle a commencé il y a bientôt 20 ans, en 2006, lorsque le gouvernement a déclaré la guerre contre les narcos. Depuis, le nombre de disparitions n’a cessé d’augmenter. C’est un phénomène intimement lié à la violence des cartels, aux meurtres, aux déplacements forcés, au trafic de drogue et à la corruption. Le problème des disparus est l’un des symptômes de cette violence omniprésente au Mexique. »

Des centaines de fosses ont été découvertes à travers le pays, comme à Bartolina, dans l’État de Tamaulipas, où les autorités ont exhumé des restes humains entre 2017 et 2021. Une fosse clandestine a également été localisée en septembre, toujours près de Guadalajara.

L’État de Jalisco est le bastion du Cartel Jalisco nueva generación (CJNG), qui a été désigné en début d’année comme « organisation terroriste étrangère » par l’administration américaine. Selon Washington, ce cartel est, avec celui de Sinaloa, l’un des principaux responsables du trafic de fentanyl, un opioïde synthétique ayant causé des dizaines de milliers de morts par overdose aux États-Unis.

La présidente Claudia Sheinbaum Pardo, entrée en fonction en octobre, a hérité de la violence des gangs et d’une crise des droits humains. Cela, malgré l’adoption, sous la présidence de son prédécesseur, d’une série de modifications constitutionnelles, notamment un élargissement du rôle de l’armée dans le maintien de l’ordre et une refonte radicale du système judiciaire.

Le Mexique est confronté à des taux extrêmement élevés de criminalité violente, y compris d’homicides. Dans son dernier rapport, Human Rights Watch le montre clairement. Six villes ont enregistré des taux d’homicides supérieurs à 100 pour 100 000 habitants en 2022. À l’échelle nationale, le taux d’homicides a légèrement diminué pour la troisième année consécutive, passant de 25,9 pour 100 000 en 2022 à 24,9 pour 100 000 en 2023, malgré une augmentation du nombre de disparitions signalées.

Les analystes de la sécurité estiment qu’environ deux tiers des homicides sont commis par le crime organisé. Selon les chiffres officiels, deux tiers des homicides commis en 2023 l’ont été avec des armes à feu. Les autorités estiment qu’environ 70 % des armes à feu utilisées dans les crimes sont introduites clandestinement au Mexique depuis les États-Unis.