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SNCF : Plus de 5 milliards d’euros dégagés en trois ans… Mais où passent les bénéfices du groupe ?

La SNCF est sur de bons rails. Voilà pour le jeu de mots – aussi nul que facile – qui résume l’actuelle bonne dynamique financière du groupe ferroviaire. Son PDG, Jean-Pierre Farandou, a annoncé jeudi avoir dégagé en 2024 un bénéfice net d’1,6 milliard d’euros.

Il s’agit de la quatrième année d’affilée que l’entreprise publique est dans le vert, après les 900 millions d’euros de 2021, les 2,4 milliards de 2022 et les 1,3 milliard de 2023. Soit près de 6 milliards de bénéfices en quatre ans après, certes, le très difficile millésime 2020 version Covid-19 (- 3 milliards).

Mais où va tout cet argent ? « Ce n’est pas pour payer de superbes vacances à Monsieur Farandou, qui a de toute façon un salaire plafonné, explique Patricia Pérennes, économiste spécialisée dans les transports ferroviaires. Avec ces résultats exceptionnels, c’est plutôt l’Etat qui se frotte les mains. »

Logique puisqu’il est l’unique actionnaire de la holding SNCF, qui chapeaute ses cinq sociétés anonymes (SA) et ses nombreuses filiales. Parmi les SA, « SNCF Voyageurs » constitue la plus rentable. « Car il y a de plus en plus de monde dans les trains et pas assez d’offres. Avec le “yield management (qui module les prix en fonction de la demande)”, ça dégage énormément de cash », détaille la spécialiste. En 2024, la filiale de transport public Keolis (+9,6 %) a aussi dopé les bénéfices, au contraire du logisticien Geodis, dont le chiffre d’affaires a stagné.

Une grande partie est réinvestie

Sauf que l’Etat ne garde pas pour lui tout le surplus dégagé. Une partie reste dans le groupe SNCF à travers des investissements. « Il a été prévu dans le Pacte ferroviaire un fond de concours. Cela veut dire qu’une part des bénéfices – au moins 60 % – est réinjectée dans “SNCF Réseau”, la société anonyme qui gère les infrastructures. Ça va permettre de s’occuper du réseau structurant. Attention, pas des plus petites lignes. »

Ces dernières, dont certaines sont menacées de fermeture, sont le plus souvent financées entre les régions, les départements, parfois les communes, la SNCF et l’Etat. « Les bénéfices ne vont pas non plus servir à acheter de nouvelles rames », précise encore Patricia Pérennes. « Quand le groupe le fait, il les amortit sur quinze, vingt ans, et le rentre dans ses comptes. »

Et si le prix des billets baissait ?

Et donc les presque 40 % restants, où partent-ils ? On en parlait un peu plus haut, ils vont « dans le budget général de l’Etat », répond encore la consultante au sein du cabinet « Trans-Missions ». L’argent peut alors être alloué à d’autres dépenses : l’école, la culture, l’armée… Au lieu, peut-être, de baisser le prix des billets.

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La mesure serait certainement populaire mais ne toucherait finalement qu’une partie de la population, à en croire l’économiste. « Aujourd’hui, si on fait la photographie d’un train, il est occupé par 80 % de cadres. Pas forcément en voyage professionnel, pour leurs loisirs et week-ends aussi. Mais tous sont prêts à payer le prix demandé. Si demain, la SNCF baisse ses tarifs, ne va-t-elle finalement pas subventionner les déplacements des cadres ? »

En 2024, SNCF Voyageurs a vu sa rentabilité légèrement baisser, « essentiellement à cause de l’activité TGV, selon Laurent Trevisani. Nous assumons complètement de ne pas répercuter la totalité de la hausse de nos charges sur le prix des billets » pour garantir que les trains soient pleins, a ajouté jeudi le directeur financier d’un groupe de 290.000 salariés. Qui, malgré ses bons résultats ces dernières années, est endetté autour de 25 milliards d’euros.