Procès Le Scouarnec : Comment va se dérouler le plus grand procès de pédocriminalité de France ?
Ville à la réputation sage et bourgeoise, Vannes n’est pas trop habituée à l’agitation médiatique. Pendant quatre mois, la préfecture du Morbihan va pourtant être sous le feu des projecteurs avec la tenue du procès de Joël Le Scouarnec. Suspecté d’être le plus grand pédocriminel de France, cet ancien chirurgien de 74 ans comparaîtra à partir de ce lundi 24 février devant la cour criminelle départementale pour des viols et agressions sexuelles aggravés sur 299 victimes, presque toutes mineures, commis entre 1989 et 2014.
Un procès qui a été labellisé « hors normes », comme cela a déjà été le cas pour ceux des attentats du 13-Novembre 2015 ou de Nice, au vu de l’ampleur du dossier et du nombre de parties civiles. Les chiffres de cette affaire vertigineuse sont glaçants : 158 victimes de sexe masculin et 141 de sexe féminin ont été enregistrées. A l’heure où nous écrivons ces lignes, 202 se sont constituées parties civiles. Elles étaient âgées de 11 ans en moyenne au moment des faits.
La difficulté de trouver un lieu assez grand
Pour organiser un tel procès, dont l’ordonnance de mise en accusation fait plus de 700 pages, deux ans de préparation ont été nécessaires. Principal défi : accueillir dans les meilleures conditions la centaine de personnes attendues chaque jour pendant quatre mois. « La première question qui s’est posée était de savoir où allait se tenir le procès. On a cherché partout, on a même envisagé de faire sortir un tribunal de terre », souligne Ronan Le Clerc, secrétaire général du parquet général de la cour d’appel de Rennes. Avec une jauge de seulement 90 personnes, impossible en effet pour la salle principale du tribunal judiciaire de Vannes d’accueillir autant de parties civiles, d’avocats, de journalistes et de public.
Notre dossier sur l’affaire Le Scouarnec
La solution est venue de la ville de Vannes, qui a mis à disposition – à titre gracieux – son ancienne faculté de droit.
Un procès à 3 millions d’euros
Libre depuis une dizaine d’années et seulement occupé par des associations, le site offre l’avantage d’être situé à 300 mètres seulement du tribunal judiciaire, où se tiendra le procès. Les débats seront retransmis en direct via des écrans dans des salles de report et dans l’amphithéâtre de l’ancien campus pour les parties civiles, les journalistes et le public. Une logistique qui a un coût, évalué à près trois millions d’euros, pour reconfigurer les lieux, acheter, installer le matériel technique et mobiliser des personnels supplémentaires et indemniser les frais de déplacement des victimes.

Réunissant magistrats et avocats, le comité de pilotage du procès s’est également appuyé sur les retours d’expérience des précédents procès « hors norme ». Pour la sérénité des parties civiles qui feront face à de nombreux journalistes, un système de tours de cou – vert ou rouge – sera ainsi mis en place pour savoir si elles souhaitent ou non être interviewées et filmées. Environ 300 journalistes représentant une centaine de médias sont accrédités pour ce procès, mais beaucoup n’y assisteront pas en intégralité. Soixante-cinq avocats seront mobilisés pour assister les victimes au cours des audiences, qui n’auront lieu que l’après-midi.
Des journées à huis clos
Pendant quatre mois, la salle d’audience verra défiler les très nombreuses victimes mais aussi des experts, des enquêteurs et les proches du chirurgien. Si l’essentiel des débats se tiendra en public, certaines victimes ont réclamé de témoigner à huis clos. Celui-ci est systématiquement accordé dans les affaires de violences sexuelles. A ce jour, huit journées se dérouleront à huis clos. « Mais d’autres parties civiles pourront le demander. Ce sera au président de décider qui pourra rester dans la salle », explique Marie-Line Pichon, secrétaire de la première présidente de la cour d’appel de Rennes.

Tout au long du procès, les parties civiles pourront compter sur le soutien de l’association France Victimes 56, qui mettra à disposition un juriste et un psychologue pour les accompagner. Un chien d’assistance judiciaire a également été proposé aux personnes qui devront témoigner à la barre.