La ville d’Andenne multiplie les pressions sur les journalistes
Le conseil communal a autorisé le collège d’Andenne à aller en justice contre une journaliste de Wilfried qui avait dénoncé des faits de harcèlement dont se serait rendu coupable l’ancien bourgmestre Claude Eerdekens (PS). Une capsule vidéo de la télévision locale fait aussi l’objet d’une plainte en justice.
- Publié le 18-02-2025 à 18h41

La Ville d’Andenne a décidé lundi soir à huis clos de se joindre à son ancien bourgmestre, Claude Eerdekens (PS), dans la procédure judiciaire entamée contre une journaliste du magazine Wilfried. Eerdekens, devenu, depuis les dernières communales, échevin des Finances et président du CPAS – il ne pouvait plus être bourgmestre, battu en termes de voix de préférences par un colistier – reproche à la journaliste Mélanie De Groote et au magazine d’avoir publié un portrait dénonçant « des comportements de harcèlement moral et sexuel de la part du bourgmestre ». Cet article était sorti un peu avant les élections communales, dans le cadre d’une série de portraits consacrés à des personnalités politiques locales et se basait sur de nombreux témoignages. Claude Eerdekens considère que l’intention du magazine était de le salir avant le scrutin.
Si l’ancien bourgmestre a décidé de laver son honneur devant la justice, la Ville lui avait emboîté le pas avant que le ministre wallon qui a la tutelle sur les communes, François Desquesnes (Les Engagés), ne casse cette décision pour des raisons de procédure. Mais lundi soir, la majorité (PS-MR) a décidé à nouveau d’aller en justice. Il y a quelques jours, la FEJ (fédération européenne des journalistes) avait lancé un appel à la Ville d’Andenne lui demandant de s’abstenir. Son appel est resté sans effet. L’argent du contribuable andennais servira donc bien à financer cette action en justice pour le seul honneur bafoué de l’ancien bourgmestre.
Andenne retire son subside à Bouké
Cette histoire n’est pas la seule qui touche la Ville d’Andenne dans son rapport aux journalistes. En effet, le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) s’est fendu, mardi, d’une alerte à l’encontre de la Ville d’Andenne pour des faits qui se sont déroulés, là aussi, lors de la défunte campagne pour les communales. Andenne avait tenté de faire interdire une capsule vidéo consacrée à la commune de la télévision locale Bouké.
Le CDJ pointe des « pressions exercées pour obtenir la suppression de la capsule en cause du site et de la page Facebook du média, au détriment du droit à l’information du public ». « Mais aussi les tentatives de remplacer la journaliste autrice de la vidéo pour la présentation d’un débat électoral à Andenne et d’obtenir une représentation surnuméraire de la liste du bourgmestre dans ce débat », explique le CDJ.
Il faut aussi préciser que la Ville d’Andenne a dans la foulée décidé de supprimer, pour l’année 2025, le subside qu’elle octroyait à la télévision locale. La justification de ce retrait ? « Par des impératifs d’économie, mais également par l’action qu’ils mènent en justice à l’encontre de la capsule vidéo et le manque de dialogue et de suivi au niveau communal sur les choix opérés ces dernières années par le média en matière de collaborations et de partenariat », dénonce le CDJ.
Enfin, le CDJ « dénonce avec force les tentatives d’ingérence de l’autorité communale dans la liberté rédactionnelle du média », ajoutant que « l’article 25 de la Constitution consacre la liberté de la presse ».