Saint-Valentin : Célibataire, et si on se faisait plaisir en solo avec un sextoy ?
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Ce vendredi, comme tous les 14 février, c’est la Saint-Valentin. Pour certains, un jour comme les autres, pour d’autres, une fête commerciale qui permet aux fleuristes et chocolatiers de réaliser des chiffres d’affaires records. Et pour d’autres encore, l’occasion de célébrer son amour à l’occasion d’une soirée romantique, voire coquine, avec l’être aimé.
Mais quand on est célibataire, la Saint-Valentin, c’est ce jour où l’univers vous rappelle à coups de cœurs roses et rouges dans les vitrines des magasins que le 14 février, la soirée romantique, ce sera pour les autres. Mais pourquoi ne pas célébrer l’amour que l’on mérite de se donner à soi plutôt ? Par exemple en se prévoyant une soirée coquine en solo ! Si les sextoys comptent désormais parmi les cadeaux les plus offerts au sein du couple à l’occasion de la Saint-Valentin, cette fête peut aussi se célébrer de manière coquine en solo.
« Mon nouvel ami »
Solène, 32 ans, n’avait « jamais songé à s’accorder ce plaisir solo. Mais après une rupture compliquée, je n’ai eu aucune envie de refaire des rencontres, même éphémères. Me retrouver célibataire après toutes ces années m’a fait tout drôle, mais ça m’a surtout fait beaucoup de bien, même si avoir une vie sexuelle de couple me manquait. Puis, l’année dernière, quand la Saint-Valentin est arrivée, on a décidé de la fêter ensemble avec une de mes meilleures amies célibataire elle aussi, mais à la sexualité bien plus libre et épanouie que moi. Pour la blague, je lui ai offert des chocolats et des fleurs. Pauline, elle, m’a offert un Womanizer [un stimulateur clitoridien]. J’ai été un peu décontenancée, parce que je n’avais jamais utilisé de sextoy. Mais bon, il ne faut pas mourir idiote, plaisante la jeune femme. Alors en rentrant chez moi, je me suis octroyé un moment en tête à tête avec mon nouvel ami ! »
Une hésitation assez courante. « Ce que j’entends, c’est que pour sauter le pas, il a fallu qu’une tierce personne dise à Solène : « c’est O.K., fais-toi plaisir avec un sextoy », analyse Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute et fondatrice de Piment rose. Fréquemment, s’accorder ce plaisir passe par une autorisation donnée par quelqu’un d’autre, de proche, en qui on a confiance, qui apporte de la sécurité et une forme de légitimité à aller sur un terrain jusque-là interdit ou étranger. Cette autorisation permet de dépasser ses barrières et d’aller à la découverte de son plaisir. Car se masturber avec ses mains est une chose, mais pour beaucoup, recourir à un sextoy est une étape supplémentaire qui bloque certaines personnes ».
Comment surmonter ce blocage ? « Et le respectant, en allant voir ce que ce qu’il raconte de l’histoire de la personne, répond la sexothérapeute. Pour certains, il y a la peur de ne pas être assez doué, ou la peur de s’assurer un orgasme que l’on n’arrivait pas à atteindre dans sa sexualité de couple, ou encore de dépendre d’un sextoy pour jouir. Il y a aussi la peur de renvoyer l’image d’une « salope », qui se fait plaisir seule, après avoir toujours entendu que le plaisir passait par un autre, en particulier dans le cadre hétérosexuel où c’est l’homme qui le procure. Très souvent, ces blocages sont liés à des considérations morales ».
« Reprendre du plaisir et de la confiance en soi »
Ainsi, parmi les patients et patientes qu’accompagne la sexothérapeute, « beaucoup n’avaient jamais utilisé de sextoys avant de devoir faire face à un divorce ou une séparation, et y ont trouvé des bienfaits insoupçonnés, assure-t-elle. Un de mes patients, en couple, a découvert que sa femme le trompait. Après ça, il n’arrivait plus à avoir d’érection. Puis il s’est offert un masturbateur, et a progressivement repris du plaisir et retrouvé confiance en lui. Une autre de mes patientes a elle aussi découvert les sextoys sur le tard, quand son mari l’a quittée pour une femme plus jeune. Pour elle, cela a été un moyen de prendre sa revanche. Elle s’est réapproprié son corps, sa sexualité, son désir, son plaisir, et a restauré sa confiance en elle. Elle s’est enfin dit : « je peux avoir du plaisir, je suis une femme avec un corps, un sexe qui vibre et qui jouis » ».
Une émancipation à travers les sextoys expérimentée par nombre de ses patientes : « Beaucoup m’ont confié que cela avait été une étape importante, que grâce aux sextoys, elles se sentaient enfin normales, autonomes dans leur plaisir et non plus dépendantes de quelqu’un », poursuit la sexothérapeute.
C’est ce qu’a vécu Christine, 64 ans, au moment de son divorce il y a quelques années. « Après plus de trente ans d’un mariage à la sexualité « plan-plan » et pauvre en orgasmes, j’ai découvert avec les sextoys un monde nouveau ! Moi qui n’en avais jamais utilisés, je me suis très vite constitué une collection, avec des vibromasseurs, des stimulateurs clitoridiens, et je m’en offre régulièrement de nouveaux, confie-t-elle. Se séparer après la ménopause, quand on a la confiance en soi dans les chaussettes, donne l’impression qu’il n’y a plus grand-chose d’exaltant qui nous attend. Mais avec mes jouets, j’ai repris le pouvoir sur mon corps et ma sexualité, je me sens puissante. Et ce sont ces moments de plaisir en solo, que je m’offre encore aujourd’hui, qui m’ont donné confiance en moi pour ensuite explorer ma sexualité avec de nouveaux partenaires. Désormais, pour moi, c’est un peu la Saint-Valentin tous les jours ! »
« S’offrir de l’amour à soi-même »
Quand Solène a passé un moment avec son tout premier sextoy à la Saint-Valentin l’année dernière, elle a eu quelques doutes : « Je me demandais si ça allait « marcher sur moi », si j’allais réussir à lâcher prise et à kiffer. Bah ça m’a mise sur orbite en quelques secondes ! Et depuis, j’ai des orgasmes d’une rare intensité à chaque fois que je m’en sers ! Je n’imaginais pas que ce serait aussi ludique : ça m’a appris à interroger et explorer mon propre plaisir ». D’ailleurs pour ce vendredi, son programme est déjà bouclé : « Soirée avec les copines célib’, puis Saint-Valentin avec moi-même et mon nouveau jouet ! Je me suis offert le Womanizer Duo, pour une double stimulation », se réjouit la jeune femme.
Et côté ventes, le phénomène se confirme : « les produits destinés au plaisir individuel comme le Satisfyer Pro 2 [un stimulateur clitoridien] figuraient parmi les best-sellers de janvier 2024 », période des achats de Saint-Valentin, confirme le réseau de paiement et de shopping en ligne Klarna. Dans son « SexReport 2025 », le loveshop Adam et Eve relève que « 59 % des répondant.es associent la Saint-Valentin à des moments intimes », et que cette fête est l’occasion de « célébrer l’amour sous toutes ses formes, qu’on soit solo ou en couple ». Ainsi, près de la moitié des personnes interrogées (47 %) utilisent seules leurs sextoys. Et parmi les plus plébiscités à la Saint-Valentin, figurent l’œuf vibrant, le vibromasseur, le Womanizer ou encore le plug, selon une étude menée par le loveshop espaceplaisir de janvier 2025 effectuée auprès d’un échantillon de 1.000 personnes en France.
En pratique, « oser revendiquer son plaisir, son droit à la jouissance, et s’autoriser à y parvenir avec un sextoy peut être très fort, estime Nathalie Giraud-Desforges. Cela peut permettre à certaines personnes de guérir de certaines blessures, tant la sexualité touche à l’intime, à notre histoire et à notre confiance en nous, souligne Nathalie Giraud-Desforges. S’offrir un sextoy à la Saint-Valentin, c’est s’offrir de l’amour à soi-même. C’est l’occasion de se créer son propre univers amoureux : il suffit de choisir la musique qu’on aime, s’offrir quelques gourmandises, s’allumer quelques bougies et pourquoi pas se faire couler un bain pour s’amuser avec un sextoy étanche, suggère-t-elle. Et s’accorder ce rendez-vous avec soi, se témoigner de l’amour et se donner du plaisir. On peut se faire beaucoup de bien à être son propre Valentin ou sa propre Valentine ! »